‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 153 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE XIII

vertus infuses, avec la môme efficacité que la contrition parfaite. C'est la doctrine et la décision du saint concile de Trente, et par conséquent un article de foi.

Sur quoi vous devez observer que c'est une louable et fructueuse pratique de souvent produire l'acte d'attrition, détestant le péché, parce qu'il nous prive du paradis et qu'il nous précipite dans l'enfer. Mais il ne faut se servir de cet acte imparfait que comme d'un degré pour monter à la contrition désintéressée et qui n'a le péché à contrecœur que parce qu'il offense Dieu, qui est une infinie bonté. On peut avoir ces deux douleurs tout ensemble en se proposant divers motifs.

Quand nous serions certains que nous ne sommes touchés que des motifs de l'attrition, nous pouvons nous approcher de la Confession, et elle ne laissera pas de nous rendre nos droits au ciel. Saint Ambroise enseigne qu'il faut aller à la Confession comme à la porte du paradis, et qu'elle nous en donnera l'entrée. Saint Jérôme assure que les prêtres tiennent les clefs du ciel, et qu'ils jugent les hommes en quelque manière avant le jour du jugement. Saint Bonaventure s'écrie que toute notre espérance est en la Confession ; car la croyance que nous ne regardons que Dieu dans notre douleur, est très souvent une pure tromperie et une illusion.

C'est pourquoi les Saints ont pris grand soin d'exhorter leurs Religieux à recourir à la Confession, pour les remettre dans la grâce de Dieu. Saint Hugues, abbé de Cluny, vit la foudre qui tombait sur son monastère en son absence. Il était pour lors à Saint-Jean-d'Angely. Sa charité le fit retourner en hâte, dans le désir de connaître le danger de ses enfants. Il trouva d'abord qu'un Religieux avait reçu une plaie plus périlleuse que s'il eût été foudroyé, et qui eût peut-être empesté toute cette maison de Dieu. Il le remit dans la voie du salut par la Confession, en laquelle ce Religieux montra un cœur vraiment contrit et humilié, et reprit sa première ferveur.

Les plus vertueux ne doivent point se reposer sur leur bonne vie, ni sur l'excellence de leur contrition ; mais ils y doivent toujours joindre le sacrement, pour se mettre hors de tous périls. Saint Aicard, abbé de Jumièges, avait dans son monastère neuf cents Religieux, qui vivaient dans une si haute vertu qu'on les eût pris pour les neuf chœurs des Anges. Il fut averti par un Ange que dans trois jours la moitié mourrait et irait en Paradis. Ce saint Prélat, malgré cette assurance de salut, ne laissa pas de les exciter tous à une douloureuse confession de leurs péchés. Ils la firent a^ec larmes et avec sanglots, et le troisième jour, tous étant assemblés au Chapitre, il en mourut soudainement quatre cent cinquante, sans qu'aucune indisposition eût précédé leur heureux trépas.

Les Saints mêmes ne se fient point à leur douleur, quelque véhémente et quelque épurée qu'elle soit. La bienheureuse Gertrude d'Oesten, au commencement de sa conversion, fut quatorze jours et quatorze nuits à pleurer sans cesse ses offenses. Elle ne prit alors presque aucune nourriture, jusqu'à ce que Dieu lui révéla qu'il les lui avait pardonnées entièrement. Elle ne laissa pas de se confesser souvent, et avec larmes; tant les Saints font état de ce salutaire sacrement de Pénitence, et tant ils ont soin de ne rien omettre pour l'assurance de leur salut.

IV. Pour avoir une douleur qui soit utile, soit d'attrition, soit de contrition, il est absolument nécessaire qu'elle contienne un propos efficace de ne plus offenser Dieu ; autrement tous les regrets, toutes les larmes et tous les soupirs ne sont qu'une pure feinte et qu'une pure hypocrisie.

C'est ici un des points les plus importants, et celui auquel les pénitents doivent le plus avoir l'œil. Ils se tourmentent d'ordinaire par une scrupuleuse recherche de leurs moindres fautes, et ne mettent que très peu de temps pour exciter la douleur et la résolution d'amendement des plus notables. De là naissent les récidives journalières, l'âme

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