LIVRE SECOND. CHAPITRE XIII
purgatoire, qui sont plus affligeantes que toutes les peines du monde ; et que, si tu n'y prends garde, te précipitant au péché mortel, ils te conduiront en enfer? O Dieu de mon cœur ! ô Jésus, toute mon espérance ! je confesse que je mérite toutes ces peines, et bien davantage. Ne permettez pas, Seigneur, que j'y tombe. Je vous demande très humblement pardon de toutes mes offenses, je suis très fâché d'v être engagé par ma faute. Sauvez-moi, mon Rédempteur, et ne permettez pas que je sois privé de vos grâces, et tourmenté dans les feux de l'enfer ou du purgatoire. Je me propose, moyennant votre secours favorable, de m'amender. Ainsi soit-il. »
V. Faites l'examen de votre conscience et ces actes de douleur dans l'église, en la présence du Très Saint Sacrement. La sainteté du lieu contribuera beaucoup à votre ferveur. Si néanmoins vous trouviez votre chambre plus commode, vous êtes dans une pleine liberté de vous en servir.
Vous irez ensuite à la chambre du confesseur, à la façon d'un criminel, les yeux baissés et la douleur au cœur. Faites une actuelle réflexion que vous allez à Dieu pour vous plonger dans le bain du sang de votre Rédempteur, qui par sa charité prétend vous y laver et vous y purifier.
Un Ange descendait tous les ans, à certain jour, dans la piscine probatique de Jérusalem, pour y remuer l'eau et pour guérir le premier malade qui s'y jetterait. Notre- Seigneur fait couler lui-même de ses mains, de ses pieds et de son côté, les ruisseaux de son sang précieux, et en fait une salutaire piscine, pour guérir non seulement les malades, mais aussi pour ressusciter les morts qui y entreront, en quelque jour et en quelque heure de l'année que ce soit.
Plusieurs ont traité amplement des moyens de faire une bonne confession. C'est pourquoi je dirai brièvement qu'elle doit être humble, claire, courte, remplie de douleur et entière. — Elle doit être humble, étant faite par
un criminel qui s'accuse lui-même. — Elle doit être claire ; autrement le juge ne pourrait porter sentence dans une cause embrouillée et obscure. — Elle doit être courte, pour ne point faire perdre de temps au prêtre et à ceux qui attendent pour se confesser. — La douleur se doit montrer dans la façon d'exposer et de déclarer ses péchés. — L'intégrité est aussi de nécessité absolue pour les péchés griefs ; pour les autres, elle sera suffisante, quand on dira les principaux qui ont été commis avec plus de connaissance et plus d'affection.
Pour faire avec assurance et avec facilité une confession entière, il est très bon de dire d'abord le péché qui paraît le plus grief, et que la honte s'efforce davantage de couvrir. Cette première victoire fera tout le reste facile et joyeux. Quand la tête du serpent a passé par une ouverture, tout son corps y passe sans résistance.
Si votre cœur tremble et ne veut dire qu'à mots couverts certaines fautes, dites-lui que nous sommes composés de chair et d'os, et conséquemment sujets à faillir. Qu'il se souvienne que Dieu, pour pardonner les péchés, n'a point mis à sa place un Ange confirmé en grâce, et qui n'ait ni corps ni tentation; mais un homme qui a peut-être autant de peine à se débrouiller que nous, et qui sait bien que si le secours de Dieu ne le soutient constamment, ses chutes seront plus funestes que les nôtres.
Avez-vous renié Jésus-Christ, notre bon Maître, comme saint Pierre? L'avez-vous persécuté à outrance, comme saint Paul? Avez-vous tenu école ouverte d'impureté, comme Madeleine; et d'avarice, comme saint Matthieu? Avez-vous été un voleur et un assassin, comme l'abbé Moïse? Vous êtes-vous donné au démon, comme saint Théophile? Que craignez-vous? Nous voyons tous ces Saints et plusieurs autres reçus à bras ouverts, caressés et remplis de bénédictions.
C'est une chose très dangereuse, et qui remplit l'âme d'une infinité de troubles et de remords, de se laisser