‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 158 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE XIII 2'5'J · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE XIII 2'5'J

un de nos Frères, et cette indignation m'a duré environ une heure. L'ayant rencontré, je ne l'ai pas salué assez charitablement.

Je me suis indigné en moi-même contre les Supérieurs de ce qu'ils ne me considéraient pas assez, de ce qu'ils me donnaient des pénitences, et ne me favorisaient pas autant que les autres.

J'ai donné sans permission du pain, du vin et d'autres choses pour me faire aider dans mon Office, quoique je pusse aisément le remplir tout seul.

J'ai omis une fois ma lecture spirituelle et deux fois je l'ai faite fort à la hâte et sans profit.

J'ai abrégé mon examen de midi, ne m'étant pas assez tôt retiré dans ma chambre.

J'ai mangé et bu un peu trop, et avec trop de sensualité et d'avidité, ayant plutôt égard à mon goût qu'à la nécessité.

Je ne me suis pas trouvé au lieu de la récréation et me suis amusé à parler durant ce temps-là en des lieux où il ne m'était pas permis de parler.

Je ne me suis pas entretenu de choses spirituelles en récréation et j'y ai perdu le temps, rapportant de la ville des nouvelles inutiles.

J'ai trop montré de passion pour mon pays, bien que je m'aperçusse que je déplaisais aux autres et que cela ne servît à rien.

J'ai parlé trop haut en récréation, j'y ai interrompu les autres et ai soutenu mes sentiments avec opiniâtreté.

Allant par la ville, j'ai parlé sans nécessité même dans les lieux où il y avait plusieurs personnes, et j'ai jeté les yeux çà et là avec danger et mauvaise édification.

Parlant aux séculiers, je ne me suis point efforcé de leur tenir des propos qui pussent exciter leur dévotion. Et lorsque je l'ai fait, j'ai parlé sans humilité et faisant l'entendu.

Je me suis estimé plus que les autres et ai été bien aise qu'on eût meilleure opinion de moi que d'eux.

J'ai mal parlé d'autrui,et ai interprété en mauvaise part ses actions auxquelles j'aurais pu facilement donner un meilleur sens.

Voilà à peu près les fautes qui peuvent arriver ordinairement. Ce sera bien assez d'en spécifier pour le plus quatre ou cinq dans votre confession. La multitude accable la mémoire et dessèche la volonté, l'esprit s'occupant plutôt à un récit exact, pour ne rien omettre, qu'au soin d'exciter une véritable douleur et un généreux propos d'amendement. Et cependant il est très certain que le fruit consiste en cette douleur et en ce propos.

Un serpent jette son poison, ainsi que l'on dit, avant que de boire dans la fontaine ; mais comme il le reprend après avoir bu, il demeure toujours envenimé.

Observez néanmoins qu'encore que vous vous accusiez de peu de péchés, il vous faut concevoir une douleur générale de tous, disant en vous-même : « Je suis contrit d'avoir commis ces péchés; je les déteste, et tous les autres que j'ai commis. Je me propose, moyennant la grâce de mon Dieu, de mourir plutôt que de jamais en faire un seul de volonté délibérée. » Cette douleur générale les efface tous.

Les scrupuleux ne se doivent point inquiéter lorsque leurs confesseurs les contraignent de dire peu de péchés, de n'en point répéter certains, de n'en point raconter toutes les circonstances. Ils ne peuvent faillir en suivant la conduite de ceux que Dieu leur a donnés pour guides, quand même les confesseurs se tromperaient. Car celui qui agit prudemment ne peut pécher, et la véritable prudence est d'obéir à ceux qui gouvernent notre conscience.

Pour ôter tout scrupule, c'est une louable coutume de dire toujours à la fin de sa confession un péché commis dans le monde, afin d'assurer la grâce du sacrement. Car il peut arriver assez souvent que tout ce qu'un fervent Religieux dira ne sera nullement péché, et par conséquent, faute de matière, il n'y aurait point de sacrement ni de

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