LIVRE SECOND. CHAPITRE XIII 2 3f
grâce. Je ne crois pas néanmoins qu'il soit expédient de dire aucun péché déshonnète que l'on ait commis dans le désordre du siècle. Ce souvenir pourrait rappeler la tentation. L'oubli est un excellent moyen pour se débarrasser des vices attachants et dangereux. On peut dire à la fin de sa confession : « De tous ces péchés, de ceux que j'ai oubliés, des mensonges et des impatiences de la vie passée, je demande pardon à Dieu ; et à vous, mon père, pénitence et absolution. » Il sera profitable de se confesser quelquefois d'autres péchés du monde, afin de nous toucher davantage, et de n'agir point par routine.
VI. La troisième partie du sacrement de Confession s'appelle satisfaction ; elle est très nécessaire, parce que ce n'est pas assez que Dieu nous ait pardonné la coulpe du péché : il faut souffrir la peine qui lui est due en ce monde. Le prêtre, par son absolution, nous affranchit de la peine éternelle ; mais Dieu substitue à celle-ci une peine temporelle, dont nous ne pouvons être délivré que par une digne satisfaction.
Cette vérité de notre foi s'explique commodément par la punition du roi David, après que ses péchés lui furent pardonnes. Ce prince, qui était selon le cœur de Dieu, surpris par la beauté de Bethsabée, commit un adultère ; et pour le cacher aux yeux des hommes, il y ajouta un homicide, exposant Urie, mari de Bethsabée, au glaive des Ammonites. Dieu lui envoya le prophète Nathan pour l'en reprendre. Tout d'abord il ouvrit les yeux, s'humilia devant Dieu, et, jetant un profond soupir, s'écria : Peccavi Domino ; J'ai péché contre mon Dieu, mon souverain Seigneur. Il prononça ces paroles avec une contrition si parfaite, que le Prophète l'assura de la part de Dieu que son péché lui était pardonné. Mais il ajouta incontinent que l'enfant né de cet adultère mourrait. Cette mort arriva peu après; et ce qui fut plus sensible à David et plus dommageable à tout son état, c'est que toute la maison royale se brouilla. Amnon, son aîné, fit violence à sa propre sœur
Thamar. Absalon, le frère d'Amnon, indigné de l'affront fait à sa sœur, le tua, et se révolta contre son père David, lui fit une cruelle guerre, le chassa de son trône et de sa ville royale, lui livra bataille, et fut tué avec vingt mille des sujets de ce roi pénitent et affligé, qui en conçut des douleurs inexplicables. A la suite de cette révolte, Bochri souleva les dix tribus d'Israël, et jeta dans un nouveau danger tout le royaume.
Que dites-vous de tant et de si grièves peines pour deux péchés? Quelle certitude avez-vous d'être exempt de châtiment, lorsque vous voyez un si grand et un si saint roi puni dans une telle rigueur, pour des fautes qui lui étaient pardonnées? Ne vous y exposez pas : la majesté de Dieu est infinie ; et toutes les créatures en comparaison de son excellence ne sont pas plus qu'une petite goutte de la rosée du matin, qui se perd en terre, ou qu'un grain de poussière qui est emporté et devient en l'air le jouet d'un vent impétueux. N'offensons point cet Empereur si redoutable, et l'ayant offensé, tâchons de lui donner satisfaction par un accomplissement prompt, entier et parfait de la pénitence que le confesseur nous a imposée. Ajoutez-y plusieurs autres mortifications et austérités, si la pénitence est légère, afin de vous assurer que vous aurez pleinement satisfait. Nous traiterons de ces punitions volontaires au livre quatrième. Considérons maintenant la Communion qui suit la Confession.