CHAPITRE XIV
COMBIEN LE SACREMENT DE l'eUCHARISTIE EST IMPORTANT AUX RELIGIEUX OCCUPES AUX OFFICES DE MARTHE.
I. De l'excellente faveur que Jésus-Christ fait à ceux qui communient. — II. Utilité de la Communion pour la vie chrétienne. — III. De la Préparation à la Communion. — IV. Vertus a exercer en communiant. — • V. Action de grâces après la Communion. — VI. De la Communion spirituelle. — VII. Les Visites du Très Saint Sacrement.
I.^^^a Messe est la plus noble et la plus divine aci§! W(fB ilon ^es prêtres, et la Communion est la plus vHJt^ra noble et la plus divine action de ceux qui ne sont pas revêtus du caractère sacerdotal ; mais les uns et les autres reçoivent le même Seigneur, qui se donne à tous dans le dessein de les rendre saints et de petits dieux sur terre.
En effet, si une nuée bien disposée qui reçoit dans son sein les rayons du soleil, se fait un autre soleil; si le fer jeté dans une fournaise ardente reçoit et s'incorpore tellement le feu qu'il devient feu, pourquoi une âme qui tient son Dieu au-dedans de son cœur, ne serait-elle pas divinisée? Sans doute, si nos communions se font avec la ferveur que le Ciel exige de nous, nous y recevrons des grâces très divines. Considérons un peu la faveur que Dieu nous fait de venir en nous; et montrons ensuite ce que nous devons faire avant sa venue, en sa venue et après sa venue, afin de ne rien faire qui soit indigne d'une telle Majesté.
Les vertus nous retirent peu à peu de la terre, nous portent vers le ciel et nous rendent enfin semblables aux Anges. Mais en la réception du Corps, du Sang et de la Divinité de Jésus-Christ, nous sommes tout à coup élevés à une si haute dignité, que jamais les Anges n'y parvien- T. I. !6
dront. Car nous devenons le temple et le sanctuaire de Dieu, ce qui est une excellence préférable à toutes celles que nous admirons.
Nous admirons qu'une colombe lumineuse ait paru sur la tète du Père Laynez, second Général de notre Compagnie, lorsqu'il disait la Messe ; qu'un diadème éclatant ait couronné pour lors- le Père Balthasar Alvarez; que Notre- Seigneur y ait visiblement embrassé le Père Alvarez de Paz, et que saint Xavier et le Père Rhem y aient été vus élevés en l'air.
Nous faisons grand cas de ce qu'un Séraphin purifia les lèvres du prophète Isaïe avec un charbon ardent près de l'autel, et encore plus de ce qu'un Ange donna la sainte Eucharistie au bienheureux Stanislas Kostka et à Marc l'Ermite ; que saint Jean-Baptiste la présenta à la bienheureuse Jutte ; que Notre-Seigneur même eut cette bonté de donner de sa propre main la sainte Communion à ses Apôtres, à la bienheureuse Colette et à la bienheureuse Véronique de Binasco, sœur converse à Milan.
Nous prisons, et avec raison, que la glorieuse sainte Thérèse, voyant un jour nos frères scolastiques et coadjuteurs qui communiaient, aperçût que les Anges tenaient sur leurs têtes un beau dais, richement paré. J'avoue que toutes ces faveurs sont ravissantes et étonnantes; mais elles ne sont rien en comparaison de l'honneur et de la douceur que reçoit l'àme par l'union intime de son céleste Époux, et des divines infusions de son Créateur dans cette aimable et ineffable communication. Où est Dieu, là est aussi le paradis. La vision de Dieu fait tous les hommes et tous les Anges bienheureux. Comment donc ne serionsnous pas bienheureux dans la participation de ce divin Sacrement, où nous le voyons, le touchons et le possédons ?
La bienheureuse Angèle de Eoligno, allant à la Communion, entendit cette douce voix de son Sauveur : 0 ma bien-aimée ! viens recevoir tous les biens itnaginables. Alors