LIVRE SECOND. CHAPITRE XIV
elle vit sur l'autel une plénitude et une beauté qui contenaient toute sorte de biens, et Jésus lui dit : Ma bienaimée, voilà comme tu seras avec moi dans le paradis en toute l'éternité. Qui pourrait expliquer la douceur et la tendresse qu'elle ressentit dans cette divine approche, et même dans ses autres communions, où elle sentait une si agréable saveur, que si elle eût cru son affection, elle eût toujours tenu l'Hostie dans sa bouche ?
Jésus-Christ, qui se donne dans l'Eucharistie, est le pain des Anges, qui contient toute sorte de suavités. C'est le miel de Jonathas et de Samson, qui avec une admirable efficacité fortifie la vue et vivifie tout le corps. C'est l'arbre de vie qui répare tout ce que la concupiscence a diminué de l'humide radical. C'est le vin de l'Épouse, mêlé avec le lait. C'est le torrent des délices, en l'eau duquel Dieu lave, rassasie et sanctifie ses amis. C'est la vie de notre vie, et l'âme de notre âme. C'est la source et la fontaine inépuisable de l'amour déifiant. C'est l'abîme de toute bonté, de toute sagesse, de toute douceur et de toute félicité.
Concluons de tout ceci qu'il nous faut approcher de ce Dieu d'amour avec joie, et avec l'espérance d'en recevoir tout ce qui nous est nécessaire pour la vie et pour le contentement de notre âme. « Mangeant la vie, dit saint Augustin, buvant la vie, nous aurons la vie. » Saint Laurent Justinien ajoute de plus : « Entrant dans la chambre des parfums de Dieu (ainsi appelle-t-il l'Eucharistie), nous serons remplis des douceurs et des joies de la maison de Dieu. »
Les frères occupés aux exercices corporels participent à ces faveurs. Jean Brion, coadjuteur de notre Compagnie, était très dévot au Saint Sacrement. Il faisait tous les jours une méditation d'une heure en sa présence, avec une très sensible consolation dans l'âme, et le visitait souvent le reste de la journée. La veille du jour qu'il mourut, le Recteur du collège lui porta ce Viatique de salut. Aussitôt qu'il eut
prononcé ces paroles : Voici l'Agneau de Dieu, voici Celui qui pardonne les péchés du monde, ce saint frère fut ravi en extase. Cette extase dura si longtemps que le Recteur dit aux assistants : Ce vertueux serviteur de Dieu a suffisamment/ait une communion spirituelle, laissons-le avec Dieu, et reportons notre Sauveur dans son sanctuaire. Après que ce divin transport fut passé, ce fervent coadjuteur sentit une faim insatiable de cette divine viande. Il pria le Recteur avec tant d'instance, qu'il lui rapporta son Dieu, qui était toute sa consolation. Il le reçut avec tendresse, et ne survécut pas longtemps après, afin d'aller promptement voir à face découverte Celui qu'il avait si ardemment aimé sous les voiles du sacrement.
II. Ceux qui sont déjà maîtres de leurs passions, et qui par des efforts d'un amour héroïque se sont unis à leur Bien souverain, et ne vivent plus qu'en lui et pour lui( s'approchent de l'autel comme d'une fournaise séraphique,pour s'y consumer dans les flammes d'une très ardente charité. Nous en mettrons les actes un peu plus loin.
Ceux qui marchent dans la voie illuminative s'approchent de ce Soleil de justice et de miséricorde comme de la vive source des lumières. Saint Éphrem assure que le Saint Sacrement est un feu immortel. Approchez-vous-en, il vous réchauffera et vous éclairera. C'est la colonne de feu qui conduit le peuple de Dieu dans le désert, et qui le défend contre les refroidissements de la nuit.
Ceux enfin qui sont encore aux prises avec les ennemis, et qui se guérissent des plaies qu'ils ont reçues en divers combats, viennent à Jésus-Christ comme à leur capitaine pour qu'il les défende dans les attaques présentes, et comme à leur médecin pour qu'il les mette dans une parfaite santé. Leguntius, ayant été trois jours à demi mort, à cause des coups que le démon lui avait donnés, fut soudainement guéri, après que saint Sulpice, évêque de Bourges, lui eut mis dans la bouche la sainte Eucharistie.
Tous doivent prendre soigneusement garde de s'en ap-