LIVRE SECOND. CHAPITRE XIV
dans un palais bien orné et digne de sa grandeur. Craignons aussi qu'il ne nous châtie, si nous le plaçons dans une étable, et dans une âme pleine d'imperfections.
Nous avons besoin de deux préparations pour nous comporter comme il faut dans une action d'une telle importance : l'une est prochaine et l'autre est éloignée.
La préparation éloignée est une vie innocente et relevée par de solides vertus. Jésus-Christ voulut être enseveli dans un suaire blanc, et enterré dans un sépulcre nouveau, symboles d'un coeur innocent et renouvelé par la grâce du sacrement de Pénitence, qui est nécessaire de droit divin, comme le déclare le concile de Trente, à tous ceux qui se sentent coupables d'un péché mortel. De sorte que s'ils ne se confessent avant la communion, quand ils le peuvent commodément, au lieu d'en profiter, ils commettent un nouveau sacrilège.
La bienheureuse Marguerite de Hongrie, fille du roi Bêla, avait si à cœur de se bien préparer à la communion, qu'elle jeûnait toujours la veille au pain et à l'eau. La dévotion du bienheureux Louis de Gonzague est plus imitable. Il se préparait trois jours avant ce banquet céleste : le premier jour il priait le Père éternel de lui accorder les vertus et les sentiments nécessaires, le second jour il s'adressait au Fils, et le troisième jour il s'adressait au Saint-Esprit. Vous trouverez plusieurs autres dévotions dans les Vies des Saints, prenez celles qui vous toucheront le plus.
La préparation prochaine doit commencer dès la récréation du soir, par un spécial effort de n'y parler que de Dieu, et, si l'on peut, d'y tenir de saints discours sur la communion. Faites votre confession dans cette vue, que vous nettoyez la maison où vous devez loger Dieu même. Couchez-vous dans cette pensée, que le Roi du ciel viendra le lendemain orner votre âme des plus beaux joyaux du paradis. En vous éveillant la nuit, reprenez la même pensée, et excitez en vous un brûlant désir de recevoir ce
bonheur. Que ce soit votre première pensée au réveil du matin.
Prenez toute la matière de votre méditation, ou au moins une partie, des merveilles qui se rencontrent dans ce Sacrement. Allez à l'église de bonne heure, et dans une attitude modeste ; portez-y des habits bien propres, et une âme pleine de fervents désirs, de confiance et d'amour. Rejetez la trop grande crainte, elle n'est point propre dans le banquet royal, et dans les noces du Fils unique du Roi. Les désirs ardents sont d'une extrême conséquence au temps de cette approche ; car le désir est comme l'appétit et la faim de l'âme. Les viandes profitent davantage lorsqu'on mange avec appétit, que lorsqu'on mange sans faim et à contre-cœur. Les Saints désiraient si ardemment cette viande céleste, que la veille de la communion les heures leur semblaient des années, tant ils souhaitaient de coller leurs bouches à ces mamelles divines.
Frère François de l'Enfant-Jésus, carme déchaussé, était, toute la nuit qui précédait sa communion, comme un cerf altéré qui soupire et qui court après des eaux vives. Il comptait les heures et les moments qui lui restaient jusqu'à la visite de son Dieu. Le son de l'horloge le réjouissait, dans la réflexion que l'heure écoulée le rapprochait d'autant du moment auquel il recevrait cette divine faveur.
Saint Bonaventure, qui n'était pas moins dévot que savant, brûlait d'un ardent désir de communier en sa dernière maladie, mais le respect le retint, à cause que son estomac se révoltait contre tout ce qu'il prenait. Il se fit appliquer le saint ciboire sur la poitrine, afin d'être le plus près possible de son Sauveur. Cet aimable et cet aimant Jésus pénétra par un miracle d'amour dans son cœur, sortant visiblement de ce vase sacré, sans toutefois laisser aucun vestige de son entrée.
Les effets de ces bouillants désirs parurent, à l'étonnement de tout le monde, en sainte Catherine de Sienne et en la bienheureuse Véronique, sœur converse.