‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 164 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE XIV

Sainte Catherine de Sienne avait une faim et une soif si excessives de la sainte Eucharistie, que son corps défaillait et souffrait beaucoup si on la lui refusait; et lorsqu'elle communiait, elle recevait tant de consolation qu'elle ne pouvait manger, et si on l'y contraignait, elle tombait en faiblesse et en danger de mort.

Je fais grand état de l'ardeur et de la prudence de la bienheureuse Véronique. Elle mourait d'un saint désir de recevoir son Bien-Aimé, et cependant, pour éviter la singularité, elle n'importunait point ses Supérieures pour communier plus souvent que les autres. A chaque Messe elle redoublait ses désirs, et les présentait à son Sauveur qu'elle contemplait sur l'autel ; et elle expérimentait en son âme les mêmes effets que la communion réelle y opérait.

Les faveurs du Ciel augmentèrent avec les flammes des désirs de la Sainte. Une particule de l'hostie volait par la grille, et se jetait dans sa bouche. Au même moment, pour l'ordinaire, elle était ravie en extase pour jouir de son Jésus sans en être distraite par les sens extérieurs.

Voulez-vous savoir le moyen de maintenir et d'augmenter ces désirs? Aimez ce bon et cet infini Seigneur, qui, s'étendant par sa Divinité dans tous les espaces créés et imaginaires, et selon son Humanité étant assis à la droite de Dieu son Père, et orné de gloire et de majesté, se réduit pour l'amour de vous sous la plus petite parcelle d'une hostie, afin de vous consoler dans vos afflictions, de répondre à vos demandes, de vous donner secours en vos tentations et en vos nécessités, d'entrer dans votre bouche et dans votre cœur, de combler votre âme de ses consolations les plus tendres et les plus divines, de la fortifier dans ses faiblesses, de l'enrichir dans sa pauvreté, de l'illuminer dans ses ténèbres, et de lui être tout en toutes choses.

Plusieurs frères convers se sont rendus excellents en cet amour, comme nous le verrons en plusieurs lieux de ce Traité. Je me contenterai ici de rapporter la ferveur de

frère François de l'Enfant-Jésus. Son amour très enflammé envers son Rédempteur lui faisait employer presque toute la veille de la communion à une oraison très attentive de ce mystère. Son maître au noviciat assura dans sa déclaration, qu'entrant dans sa cellule ces jours-là, il le trouvait quelquefois si extasié en son oraison, qu'il ne s'apercevait ni de son entrée, ni de sa sortie.

La ferveur et l'amour pour son Seigneur croissaient quelquefois si fort en son âme, qu'il ne semblait pas que son cœur en pût supporter l'effort. 11 était si embrasé de ce divin amour, qu'en plein hiver il fallait laisser la fenêtre de sa cellule tout ouverte, afin de pouvoir rafraîchir son cœur. Que si on la lui fermait, il se sentait notablement oppressé et comme étouffé.

IV. Je trouve principalement trois vertus nécessaires pour nous approcher de notre Sauveur dans le Saint Sacrement. L'amour tient le premier rang, puis la confiance, et enfin l'humilité. J'ai parlé brièvement de l'amour au paragraphe précédent ; je traiterai de l'humilité au suivant. Je vais dire ici un mot de la confiance.

La grandeur du Roi que nous prétendons loger, et la connaissance de notre bassesse et de nos offenses nous lient les pieds et nous ferment la bouche. Hélas ! disonsnous en notre esprit, si les enfants d'Israël n'osaient s'avancer près de la montagne de Sinaï, sous une peine assurée de la mort, parce qu'un Ange y parlait à Moïse ; si ceux qui étaient souillés de quelque immondice légale, étaient rejetés du tabernacle et du temple, à cause que c'était la maison particulière de Dieu ; si Oza mourut soudainement pour avoir touché l'arche, afin de l'empêcher de tomber; si plus de cinquante mille Bethsamites eurent le même sort pour l'avoir regardée, à raison que les tables de la loi étaient dedans, et que Dieu y rendait ses oracles par un Ange assis sur le propitiatoire, comment aurons-nous l'audace de regarder ce Dieu de majesté et de terreur, de le mettre sur notre langue, et de l'enfermer dans notre estomac?

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