LIVRE SECOND. CHAPITRE XIV 25 I
Arrière toutes ces craintes et ces terreurs paniques. Ce Sacrement est un mystère de bonté, de miséricorde, de libéralité et d'amour. Nous y devons aller comme les enfants vont à leur père, et les malades à leur médecin. Si nous sommes faibles, il est notre force ; si nous sommes pauvres, il est notre trésor ; si nous sommes criminels, nous y trouvons un prix infini pour satisfaire à notre Juge.
Dieu désire de nous cette cordiale confiance en sa bonté. La bienheureuse Angèle de Foligno, ayant une fois considéré attentivement l'excellence de son Sauveur et sa propre indignité, ne voulait pas communier ; mais ce Seigneur débonnaire lui dit après la Consécration -.Voilà ma puissance sur l'autel ; communie^ au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ego qui sum dignus, facio te dignam ; Il est vrai que tu n'es pas digne d'un si auguste Sacrement, mais moi qui en suis digne, je t'en rends maintenant digne.
Elle vit une autre fois ce Dieu adorable au milieu d'une multitude infinie d'Anges, qui étaient du chœur des Trônes, comme il lui fut révélé. Ils entouraient la sainte Eucharistie avec une très grande révérence, et lui inspiraient à elle-même plusieurs saints désirs,' et une cordiale confiance envers ce Dieu de charité et de tendresse. Elle sentait quelquefois comme un brasier d'amour qui l'embrasait et la consumait, lorsqu'elle s'approchait de son Epoux, qui était toute sa félicité.
Etant un jour dans l'église de Foligno, au mois de septembre, le jour de la fête des Anges, elle pria ces bienheureux Esprits, et principalement saint Michel et les Séraphins, de lui obtenir la grâce de bien et saintement communier. Ils le lui promirent, et elle sentit une si grande joie en leur présence, qu'elle pensait que son cœur éclaterait en deux pièces.
Si donc vous sentez de l'effroi et du tremblement à l'approche de votre Juge et de votre Dieu, invoquez ces bienheureux Esprits; invoquez particulièrement votre Ange
gardien, le Fondateur de votre Ordre, le Saint que vous avez pour protecteur ce mois-là, ceux à qui vous avez une spéciale dévotion, le Patron de l'église où vous êtes, le Saint dont on célèbre la fête ; mais surtout la glorieuse Vierge Marie. Elle est votre Mère et la Mère de votre Sauveur : elle sera bien aise de voir l'union de ses enfants, afin que le riche secoure le pauvre, et que le Saint purifie le pécheur. Craindrez-vous encore en si bonne compagnie, et au milieu d'une escorte si honorable et si agréable à Celui que vous visitez?
Espérez aussi qu'avec votre Dieu vous obtiendrez tous les dons de nature et de grâce qui vous sont nécessaires. S'il se donne lui-même, comment ne donnera-t-il pas les rayons qui sortent de lui, sans qu'ils lui coûtent aucun travail, ni qu'ils lui causent aucune diminution de son excellence ? Le Père Pavon, grand serviteur de Dieu, en notre Compagnie, disait qu'une seule Messe lui suffisait pour obtenir de Dieu la plus grande chose que l'on pourrait s'imaginer. Il y obtint que tous ses écoliers de la classe de seconde et soixante de celle de philosophie se fissent religieux.
La même efficacité se retrouve dans la Communion, où l'on reçoit le même Dieu qui est infiniment bon et infiniment puissant ; et ne pensez pas que les frères convers, n'ayant pas tant de temps pour l'oraison, y soient moins caressés. Accomplissez simplement et humblement l'ordre de l'obéissance, et Dieu fera le reste. Deux frères laïques de l'Ordre de Saint-François se préparaient à la Communion le jeudi de la semaine sainte ; le Gardien, pressé par la nécessité, les envoie brusquement à la quête. Ils se lèvent du lieu de leur prière, et obéissent avec promptitude et humilité. Mais, par malheur, ils revinrent si tard, que l'office étant dit, ils ne purent communier. Cette disgrâce leur saisit si fort le cœur, qu'ils méprisèrent la nourriture du corps, se voyant privés de celle de l'esprit. Ils se réfugient fort tristes dans l'église, et versent toutes les larmes de leurs veux devant le Saint Sacrement. Jésus,