‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 166 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE XIV

qui a toujours aimé et pratiqué l'obéissance, sortit du tabernacle sous la forme d'un beau jeune homme ; il les assura qu'il était leur Dieu et leur Créateur, et se donna à tous deux dans deux hosties, puis s'en retourna tout joyeux au tabernacle d'où il était sorti. Et pour ôter tout doute de cette merveille, il imprima ses vestiges dans la chapelle, où il les avait fait communier, selon que le rapporte Wading en ses Annales.

Ne vous laissez pas néanmoins emporter de telle sorte à une amoureuse et filiale confiance, que vous oubliiez l'humilité que doit avoir un serviteur qui s'approche de son prince qu'il a offensé. L'Eglise, immédiatement' avant la Communion des prêtres et celle des laïques, avertit de la nécessité de cette vertu pour s'approcher avec utilité de son Dieu, lorsqu'elle fait dire à haute voix les paroles de l'humble centurion : Domine, non sum dignus ut intres sub tectum meum; Seigneur, je ne suis nullement digne que vous entriez dans ma maison.

Le parallèle que nous ferons de l'éminence de notre Rédempteur et de notre indignité, augmentera dans notre cœur ce sentiment d'humilité. Il est le Roi du ciel et de la terre, et nous sommes un peu de limon" et de fange. Il est le souverain Seigneur de tous les hommes et de tous les Anges, et nous sommes les moindres des créatures raisonnables. Il est la sainteté même, la sagesse, la grandeur, la majesté et la toute-puissance : et que sommes-nous, chétifs vermisseaux de terre, sinon le péché même, l'ignorance, la bassesse et l'infirmité?

Comment oserions-nous aller à un Dieu si débonnaire qu'il a prié pour ceux qui le clouaient sur une croix au milieu de deux larrons, nous qui, à la moindre parole de nos frères et même de nos Supérieurs, sentons de si vives pointes de douleur, et jetons tant de fiel sur nos paroles et sur nos actions? Vous pouvez parcourir vos autres imperfections, et, par une opposition avec les perfections du Sauveur, vous humilier.

Tous les Saints ont eu de très humbles sentiments d'eux-mêmes à l'approche de leur Créateur. Saint Pierre Thomassin, patriarche de Constantinople, étant au lit de la mort, voulut recevoir son Dieu dans l'attitude d'un cœur contrit et humilié. Il se mit une corde au cou, et se fit étendre par terre. Le Saint Sacrement étant apporté, il s'écria de toutes ses forces : Deas, propitius esto mihi peccatori ; Mon Dieu, mon Seigneur, ayez pitié de moi, qui ne suis qu'un pauvre et qu'un détestable pécheur. Il récita alors tous les articles de la foi, dit à haute voix : Domine, non sam dignus, etc., et reçut son Créateur avec une telle dévotion que tous les assistants fondaient en larmes. Et cette humilité plut tant à Notre-Seigneur, qu'il lui envoya la glorieuse Vierge Marie pour le consoler, pour le fortifier et pour l'affranchir entièrement des importunités des démons, qui s'efforçaient de le troubler et de l'inquiéter. Cette sainte Mère de Dieu chassa ces maudits, et reçut entre ses mains l'âme de ce saint Personnage, pour la présenter à son Fils.

Que votre humilité néanmoins ne vous éloigne point de la Table de votre Dieu. Dites-lui avec David : Tanquam jumentum factus sam apud te, et ego semper iecum; Je ne suis qu'une pauvre bête de somme devant vos yeux; néanmoins je demeurerai toujours avec vous. Un mulet vous adora une fois au milieu d'une place publique, lorsque saint Antoine de Padoue prêchait vos grandeurs, et ce miracle convertit un hérésiarque. Une autre fois, des ânes s'agenouillèrent, et vous adorèrent au village de Salza, en Italie, lorsqu'un prêtre vous portait à un malade.

Vous donnez la pâture nécessaire à tous les animaux, et même aux petits corbeaux qui vous la demandent. Je reconnais que mes péchés me font encore plus vil et plus méprisable que ces pauvres brutes. J'espère néanmoins en votre bonté et en votre miséricorde. Elles paraîtront d'autant plus en moi à votre gloire, que vous ferez vos faveurs à une personne plus indigne.

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