LIVRE SECOND. CHAPITRE XIV 2 5y
ment de vous aimer et de vous aimer parfaitement. — Seigneur, prenez toutes mes affections, sanctifiez-les et dirigez-les à votre service. Je ne veux plus rien aimer que vous et en vous. — M'aimez-vous, mon doux Jésus; m'aimez-vous ? Ah ! si je ne suis pas maintenant en votre grâce, faites par votre bonté et par votre miséricorde que je la mérite et que je l'obtienne dès ce moment. — Ou envoyez-moi la mort, ou donnez-moi votre amour. La vie m'est pire que la mort, si je ne suis point assez heureux pour vous aimer. — Ni la mort, ni la vie, ni l'affliction, ni la tentation, ne me sépareront jamais de votre charité. — Je vous tiens, je vous tiens, mon Bien-Aimé : et je ne vous laisserai jamais sortir de moi. — O Anges du paradis ! ô Séraphins enflammés ! venez à mon secours. Aimez, louez, bénissez mon amour, mon roi, mon médecin, mon pasteur-, mon père., mon unique contentement. — Que toute la terre, que tous les cieux, que tout le reste des créatures vous bénissent, mon cher Jésus ! — Prenez, prenez, Seigneur, tout mon cœur, et donnez-moi le vôtre, afin que je vous aime d'un amour totalement saint et qui vous soit agréable.
Actes d'humilité. — Qui suis-je, Seigneur, pour que vous daigniez venir en moi ? Retirez-vous de moi, Roi de gloire et de pureté, je ne suis qu'un misérable pécheur. — Je le confesse, et il n'est que trop vrai, j'ai mérité mille et mille fois l'enfer par mes péchés. — D'où me vient ce bonheur que mon Dieu veuille entrer dans mon corps, qui l'a tant offensé, et dont je me suis servi pour tant de crimes? — Quoi ! Dieu de majesté, mon juge et mon Seigneur, vous vous mettez sur ma langue, qui vous a irrité par tant de murmures, de détractions, de vanités et d'impertinences ! — Ah ! Jésus, mon Sauveur, donnez-moi un ferme propos de m'amender et de vous mieux servir. — Je dis avec le Centurion : « Seigneur, je ne suis point digne que vous entriez dans mon logis ; mais dites-moi une seule parole, et je serai guéri et consolé. » — Sainte Elisabeth s'étonnait que la
Mère de Dieu vînt chez elle, et je serai assez téméraire pour m'en aller à mon Juge et à mon Souverain avec intention de le recevoir dans mon âme et dans mon corps ! — Ruth ne s'estimait pas digne des pensées de Booz; Abigaïl se jeta aux pieds de David, étonnée de l'honneur qu'il lui voulait faire de la prendre pour son épouse, et mon âme osera prétendre aux noces de l'Empereur de l'univers dans ce Sacrement d'amour! — O Dieu de grandeur! je le dis à la face du ciel et de la terre, je suis totalement indigne de l'union que vous m'offrez à votre autel avec votre divine majesté.
Actes de confiance. — J'espère de votre paternelle bonté, que vous ne me rejetterez pas de votre présence, et que vous viendrez en moi, pour y réformer tout ce qui est déréglé. — O Jésus, qui rendez bienheureux tous ceux qui vous regardent, vous êtes mon espérance et ma force, c'est en vous que je mets tout mon bonheur et toutes mes prétentions. — Je ne craindrai plus dorénavant aucun mal, puisque vous, mon amour et mon tout, vous êtes avec moi et en moi. — Je n'ai plus peur du démon ni de ses tentations, puisque j'ai le Tout-Puissant dans mon cœur. — Je vous tiens, je vous tiens, mon Bien-Aimé, et je ne vous laisserai point aller que vous ne m'ayez donné votre sainte bénédiction. — O l'amour de mon cœur! je suis assuré que vous ne m'abandonnerez jamais, si je ne me trahis moi-même. Fortifiez-moi, vous qui êtes le Dieu de miséricorde et de charité.
V. Ayant communié, retirez-vous dans le lieu le plus éloigné du bruit que vous pourrez, et épanchez-y votre cœur devant ce Dieu d'amour et de libéralité. Il n'est aucun temps en toute la vie plus propre pour communiquer cœur à cœur avec lui. Les théologiens enseignent que tant que les espèces du pain et du vin ne sont pas corrompues (ce qui dure quelquefois assez longtemps), Notre-Seigneur est réellement présent en nous, et répand ses grâces selon la disposition qu'il trouve en l'âme. Que si cette disposition s'augmente pendant que le corps de notre Sauveur se con-