‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 169 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE XIV 25o · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE XIV 25o

serve dans l'estomac, la grâce s'augmente dans l'âme avec ♦la môme proportion.

Quel plus doux contentement pouvez-vous espérer que de porter les lèvres à ses plaies sacrées et de vous nourrir de son sang? On fait tant d'état des visions où Jésus a permis aux Saints les plus élevés de boire à son sacré côté, et cependant pour l'ordinaire cette faveur n'était que dans la seule imagination ! Que devons-nous donc dire, et que devons-nous penser de la vérité et de la réalité ? Quelle peine ne mériterions-nous pas, si nous ne mettions toute la diligence imaginable pour profiter de la venue, de la possession et de l'entretien de notre Dieu ?

La bienheureuse Marguerite, fille de Bêla, roi de Hongrie, religieuse de l'Ordre de Saint-Dominique, recevait la sainte Eucharistie avec une telle dévotion, que souvent elle était élevée de terre de plus d'une coudée, et tout le reste du jour elle demeurait en prières jusqu'à la nuit, et ne prenait que fort peu de nourriture corporelle.

François de l'Enfant- Jésus, frère convers des Carmes déchaussés, était si transporté hors de lui-même lorsqu'il avait reçu son Dieu, qu'il oubliait tout le reste. Il n'entendait pas même la cloche du réfectoire qui sonnait le dîner, si on ne l'en avertissait. Un jour, le maître des novices lui permit de ne point aller à la première table, afin qu'il pût s'entretenir avec plus de loisir dans l'ardeur de son cœur; mais cette âme céleste s'enfonça si avant dans la contemplation de son Rédempteur, qu'elle en oublia la réfection du corps. Le maître des novices, entrant après Vêpres dans l'oratoire des novices, le trouva encore en oraison. Il lui demanda s'il avait dîné. Hé quoi ! dit François, est-il déjà l'heure de la seconde table? Il était quatre heures après midi, et le temps s'était écoulé si rapidement pour lui, qu'il ne pensait pas que le dîner fût achevé. Oh ! bienheureux sont ceux qui ont le cœur si purifié et si enflammé de l'amour de leur Sauveur, qu'ils peuvent passer ce temps si précieux dans les ardeurs que Dieu demande d'eux !

Ce saint entretien après la Communion consiste en trois actes, dont je dirai un mot brièvement au paragraphe septième. Vous en trouverez de longs discours dans plusieurs livres spirituels qui traitent de cette matière.

C'est pour vous un point d'une extrême conséquence, que sortant de votre action de grâces, vous n'épanchiez pas aussitôt votre cœur dans les créatures, mais que vous passiez doucement de la contemplation à l'action.

Vous obtiendrez cette modération de votre cœur, si vous êtes exact en l'observation du silence, ne parlant que des choses très nécessaires, d'une voix basse et en très peu de paroles. Il y a une grande correspondance de la bouche au cœur, et l'un se décharge facilement par l'autre.

Si, en recevant Xotre-Seigneur dans l'Eucharistie, vous aviez reçu en même temps un verre tout plein de son sang, avec quelle circonspection le porteriez-vous? N'auriez-vous pas toujours l'œil dessus, de peur qu'il ne s'en perdît une seule goutte ? Ne marcheriez-vous pas en prenant toute sorte de précautions pour ne point laisser trembler votre main, de crainte de perdre une partie de ce trésor si divin et si admirable? Et pourquoi donc êtes-vous si peu soigneux de garder les grâces que ce Dieu a acquises par le sang de toutes ses veines, et qu'il vous a départies en venant en votre cœur ?

Si vous avez communié un jour de travail, ou que votre office vous oblige de vaquer à vos occupations habituelles, même les jours de fêtes, compensez le manque de retraite et de longues prières par des oraisons jaculatoires, dont j'ai traité ci-dessus. Tournez-vous de temps en temps vers l'église, afin de vous mieux ressouvenir du bienfait que vous y avez reçu. Faites un oratoire de votre cœur : regardez-y votre Sauveur environné de plusieurs Anges qui l'y bénissent. Vous ne l'en avez pas chassé ; il y est donc encore. C'était l'exercice de plusieurs Saints, lorsque leurs parents, les tyrans ou d'autres personnes les occupaient à divers ministères extérieurs.

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