LIVRE SECOND. CHAPITRE XIV
Si vous avez du loisir et que les Supérieurs ne vous emploient point, pour vous occuper doucement allez servir autant de Messes que vous pourrez. Si votre santé, ou quelque autre raison, ne vous le permet pas, récitez votre chapelet à la salle ou au jardin pour vous distraire un moment. Prenez ensuite dans votre chambre un bon livre spirituel. Visitez le Supérieur ou votre confesseur, pour en recevoir quelque instruction ou quelque consolation, et retournez à l'église pour servir au moins une Messe.
Ce serait aussi une bonne dévotion de prier le Supérieur qu'il vous permît d'aider une heure ou une demiheure le portier, le cuisinier, ou celui qui a la charge du réfectoire, afin qu'ils pussent vaquer avec plusde tranquillité à leurs dévotions.
Le reste de la journée, réfléchissez souvent à la faveur que Dieu vous a faite. Visitez plus fréquemment le Saint Sacrement de l'autel au jubé, et demeurez-y plus longtemps. Durant la semaine, jetez un coup d'oeil dans ces visites sur la Communion passée et sur celle qui approche, pour remercier Dieu de l'une et pour vous mieux préparer à l'autre.
La première raison qui nous doit porter à ces visites est l'honneur de Dieu. Les Saints ont été tellement touchés de ce motif qu'ils demeuraient dans les églises jour et nuit, tant qu'ils pouvaient. Le Père Pierre le Fèvre, premier compagnon de saint Ignace, notre fondateur, eût voulu être présent dans toutes les églises du monde où repose le Saint Sacrement, afin de lui rendre dans toutes les hommages les plus respectueux de son cœur, sans jamais sortir •du palais de son Roi.
La seconde raison de visiter assidûment le Sauveur qui se tient dans nos sanctuaires, c'est notre propre utilité. Il est là pour résoudre les doutes de ceux qui ne savent à quoi se décider. Le Père Jacques Sancius délibérant sur le choix d'un état de vie ne parvenait pas à connaître le parti qu'il devait embrasser. Il alla se prosterner devant son
Rédempteur pour lui ouvrir son cœur et lui demander une lumière céleste dans ses ténèbres. Il sortit alors une voix forte du tabernacle, qui lui dit : Esto de Societate Nominis mei ; Soyez de la Compagnie qui est érigée sous mon Nom. Il obéit, demanda son admission parmi nous, et devint un excellent serviteur de Dieu.
Jésus, qui demeure sur nos autels, dissipe les tentations de ceux qui le saluent. Un Religieux de l'Ordre de Saint- François, tenté sur sa vocation et résolu de sortir du monastère, alla saluer le Saint Sacrement et un crucifix qui était sur l'autel. Ce Dieu de bonté fit couler du sang de ses plaies, commanda à ce Religieux d'en prendre et d'arrêter fixement les yeux sur ses mains. Ce regard raffermit incontinent cette âme flottante, comme l'assure la chronique de ce saint Ordre.
Ces visites, par lesquelles nous rendons à notre Rédempteur l'honneur qui lui est dû, obtiennent le don de .la persévérance finale. Le Père Martin Dominique, homme vraiment apostolique, avait coutume de dire que le monde ne se damne que parce qu'il ne porte pas assez d'honneur et de respect à Notre-Seigneur dans l'Eucharistie.
VI. Un moyen encore très excellent pour conserver la dévotion et la ferveur qui nous ont été données en la participation réelle du corps et du sang de notre Rédempteur, c'est de communier spirituellement, autant ce jour-là même que tous les autres jours de la semaine.
La Communion spirituelle est un ardent désir de recevoir réellement le corps de notre Sauveur, son sang, son âme et sa divinité ; et d'unir intimement à lui toutes ses puissances et toutes ses facultés : l'entendement, afin de le connaître avec ses grandeurs; la volonté, afin de l'aimer et de se réjouir en lui seul ; la mémoire, afin de se souvenir de lui et de ses bienfaits ; l'imagination, afin de la purifier ; et tout le reste, afin de s'occuper entièrement à son service.
On peut exercer en cette communion tous les actes de désir, d'amour, de confiance et d'humilité dont j'ai parlé