LIVRE SECOND. CHAPITRE XIV
Après la Communion, offrez votre cœur et votre âme, et tout ce qui vous appartient, à ce souverain Seigneur de l'univers. Que votre entendement s'approche et lui offre toutes ses pensées ; que votre volonté lui donne toutes ses affections, et ainsi du reste. J'indiquerai une manière de faire cette offrande, afin de vous soulager.
« O mon Seigneur et mon Dieu ! je m'offre tout entier à vous. Je vous donne tout ce que je suis et tout ce que je puis. Je vous présente mon entendement, afin qu'il ne pense qu'à vous et à ce qui vous plaît. Je vous offre ma volonté, afin qu'elle ne s'affectionne qu'à vous et à ce que vous aimez; ma mémoire., afin qu'elle ne se propose jamais d'autre objet que vous et ce qui conduit à vous. Seigneur, prenez mon imagination, je vous la consacre du meilleur de mon cœur afin qu'elle ne s'arrête qu'en vous et en ce qui vous touche. Prenez mes yeux, mes oreilles, ma langue, mes mains, mes pieds, et le reste : tout est à vous, et veut se consumer selon vos ordres et selon vos volontés. O le Dieu de mon àme ! prenez le présent que je vous fais de mon cœur, afin qu'il soit tout à fait à vous. Je me résous à ne plus regarder, à ne plus ouïr, et à ne plus chercher que ce qui m'enflammera en votre saint amour. »
Enfin, faites vos demandes tant pour vous que pour les autres. Demandez à votre Sauveur des lumières pour le connaître, des flammes du ciel pour l'aimer, de l'assistance pour vous souvenir de lui. Priez-le de mettre des images et des représentations saintes dans votre imagination, et des désirs désintéressés dans votre appétit. Suppliez-le avec larmes et avec sanglots de réfréner la concupiscence, d'arracher les mauvaises habitudes, de vous pardonner les chutes de la vie passée et de vous maintenir pour l'avenir. Surtout, priez-le de vous envoyer la mort, plutôt que de permettre que vous tombiez dans le moindre péché de volonté délibérée.
Priez-le pour votre prochain, vous servant à ce sujet
des demandes que j'ai proposées en traitant de l'oraison et de la Messe. Observez néanmoins qu'il n'est ni nécessaire ni utile de faire toutes ces demandes, ces offrandes et ces actions de grâces chaque fois qu'on communie spirituellement ou réellement, de peur de prendre une routine qui ne toucherait plus le cœur. Mais arrêtez-vous plus ou moins à quelques-unes, et embrassez toutes les autres par une intention générale. L'expérience et diverses réflexions, mais surtout l'onction de l'Esprit Saint et la direction du confesseur, vous aideront plus que tous les enseignements des livres.
Comme nous préparons nos méditations afin de les rendre utiles, aussi serait-il fort nécessaire de jeter une œillade, ou à l'examen du soir, ou durant la nuit, et principalement depuis la méditation jusqu'à la Messe, sur notre Communion et sur les affections que nous prétendons y exercer, tant avant qu'après avoir reçu notre Sauveur, sans néanmoins nous tellement astreindre que nous ne sovons résolus de nous laisser emporter aux émotions de l'esprit de Dieu, s'il lui plaît de se saisir de notre cœur et de nous faire voguer à pleines voiles. Ayant fait cette préparation, nous serons assurés de ne jamais manquer de la matière nécessaire pour nous entretenir utilement en la compagnie de notre Époux et de notre Prince.
Un moyen très facile et très utile pour passer le temps qui suit immédiatement la Communion, c'est de le joindre à l'oraison du matin ; d'exercer deux ou trois des principales affections qui nous y ont touchés, et de demander ce que nous désirions y obtenir.
De l'entretien que nous devons avoir avec notre Sauveur, passons à l'entretien que nous devons avoir avec sa sainte Mère, en récitant le chapelet et le rosaire.