MÉTHODE POUR RECITER DEVOTEMENT SON CHAPELET ET SON ROSAIRE
I. Excellence et utilité du Rosaire et du Chapelet; son origine. — II. Couronne de la Vierge. — III. Motifs de réciter le Rosaire ou la Couronne. — IV. Manière de réciter le Rosaire ou la Couronne. — V. Explication du Pater. — VI. Explication de Y Ave Maria. — VII. Les mystères du Rosaire.
ç^es sous-diacres, les diacres et les prêtres disent ^chaque jour par obligation leur Office, compo-
Êè^séde plusieurs oraisons et principalement des psaumes de David. Les Religieux qui n'ont point reçu les ordres sacrés, disent par dévotion au moins une fois tous les jours leur chapelet ou leur rosaire. Considérons-en l'origine, l'utilité et la méthode de les bien dire.
Le rosaire est une prière de cent cinquante Ave Maria, et pour cela on l'appelle aussi le Psautier de la Vierge ; à cause que le Psautier de David est composé de cent cinquante psaumes. Le chapelet, à proprement parler, est la troisième partie du rosaire, et contient seulement cinquante Ave Maria ; de sorte que le chapelet est un petit chapeau de fleurs que l'on met sur la tête de la Mère de Dieu, et le rosaire est un grand chapeau de fleurs qu'on lui présente.
Mais pourquoi appelons-nous rosaire une oraison adressée à Notre-Dame? La raison en est que la sainte Vierge est la reine des Vierges, comme la rose est la reine des fleurs, à cause de sa beauté, de son odeur et de ses utilités. Hugues le Cardinal dit qu'elle est la rose de Jéricho, à raison de sa ravissante beauté, de son odeur et de son efficacité. Nous pouvons assurer sans difficulté qu'elle est bien plus excellente, puisque la rose de Jéricho ne montre sa beauté qu'en un petit espace de l'année, et ne s'ouvre
ensuite admirablement que la nuit de la Nativité de Notre-Seigneur. Mais notre rose divine a la bouche toujours ouverte et toujours tournée vers son Fils, pour nous obtenir de sa bonté ce que nous désirons.
Pour ce qui est de l'invention du rosaire, Polydore Virgile pense que le premier auteur en a été Pierre l'Ermite, qui, du temps d'Urbain II, en l'an 1090, fut un des principaux moteurs de la première expédition des Français dans la Terre Sainte. Cette expédition fut si heureuse, que les chrétiens prirent Jérusalem, et firent Godefroy de Bouillon roi de ce pays-là.
Edouard Maihew croit que le premier inventeur du rosaire fut le vénérable Bède, qui vivait et fleurissait vers l'an 700. Il ajoute que pour cette raison encore aujourd'hui on appelle Bedes les rosaires de la Vierge.
Les autres attribuent cette invention à saint Dominique, fondateur des Frères Prêcheurs. Je croirais facilement que les uns et les autres en sont tenus pour les auteurs et les inventeurs, l'ayant dit de diverses manières, suivant les attraits de leur particulière dévotion. Mais le glorieux saint Dominique a tellement mis en vogue cette prière, qu'il en mérite presque toute la gloire.
II. La couronne de la Vierge est une manière de chapelet qui contient soixante-trois Ave Maria, en l'honneur des soixante-trois années qu'elle a vécu sur la terre, dans la vue qu'elle vivait dans une telle perfection, qu'elle se faisait tous les ans une riche couronne de mérites.
Cette dévotion doit être d'autant plus estimée que l'origine en est due particulièrement à Notre-Dame. Paul de Barry le raconte de cette sorte : Un jeune homme dévot à cette Reine du Ciel mettait chaque jour sur la tète d'une de ses statues qu'il avait dans sa chambre, une couronne de fleurs. Il quitta le monde et se fit religieux dans l'Ordre de Saint-François. Peu de mois après, il fut tenté d'en sortir, parce qu'il ne pouvait pas accomplir sa dévotion tous les jours, comme il faisait dans le monde, n'ayant