‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 174 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE XV l()i · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE XV l()i

point de fleurs à sa disposition. Cette disgrâce le jeta dans une si profonde et si noire mélancolie, qu'il résolut de quitter son habit et sa vocation. Ah ! non pas cela, dit la Vierge, qui en même temps lui apparut et le consola : mon Fils, je te veux donner l'invention de satisfaire à ta dévotion. Tu me présenteras chaque jour soixante-trois Ave Maria, avec sept Pater noster, et je t'assure que cette couronne ne me sera pas moins agréable, et qu'elle ne t'apportera pas moins de profit que la première. Il obéit à la Vierge, et persévéra dans sa vocation avec joie et contentement. Aussitôt que cette dévotion fut connue, elle fut embrassée de tous les amis de la Vierge.

Concluez de cette histoire que, comme nous avons obligation à l'Ordre de Saint-Dominique de nous avoir enseigné le rosaire, nous avons aussi obligation à l'Ordre de Saint- François de nous avoir enseigné la couronne de la Vierge.

III. Nous devons nous affectionner à cette dévotion : Premièrement, parce qu'elle est facile et très propre pour des personnes qui ne peuvent pas vaquer longtemps à la contemplation. Secondement, elle contient l'Oraison dominicale et la Salutation angélique, qui sont les deux plus belles prières que nous ayons. Troisièmement, Notre- Seigneur et Notre-Dame ont montré par plusieurs merveilles que cette dévotion leur agréait.

Louis de Grenade rapporte qu'on trouva dans la bouche d'un prêtre mort un bouton de fleurs de lis, parce qu'il avait dit souvent son rosaire ; et que Notre-Dame apparut à l'Archevêque de Rouen, à qui elle déclara qu'à cause de cette dévotion elle affectionnait ce prêtre, et voulait qu'il fût enterré dans un lieu plus honorable que celui où on l'avait mis.

La chronique de Saint-François raconte qu'un Religieux avait cette louable coutume de réciter tous les jours avant son repas la couronne de la Vierge. Un jour, par je ne sais quel hasard, il y manqua. Le dîner étant sonné, il pria le Supérieur de lui permettre de la réciter

avant d'aller se mettre à table. En ayant obtenu la permission, il se retira dans sa chambre. Mais, comme il tardait trop, le Supérieur envoya un Religieux pour l'appeler. Ce Religieux le trouva tout éclatant d'une lumière céleste, et la bienheureuse Vierge avec deux Anges auprès de lui. A mesure qu'il disait un Ave Maria, une belle rose sortait de sa bouche. Les Anges prenaient ces roses l'une après l'autre, et les mettaient sur la tête de la Vierge, qui en témoignait une grande satisfaction. Deux autres Religieux, envoyés pour voir la cause du retard du premier, virent tout ce mystère, et la Vierge ne disparut point que toute la couronne ne fût récitée..

Saint Antonin, dans sa chronique, et Molan, dans son martyrologe, disent qu'un Religieux de Saint-Bertin avait coutume de dire chaque jour, après Matines, cinq psaumes en l'honneur de Notre-Dame, savoir : Magnificat, Ad Dominum, Rétribue, In cotivertendo, Ad te levavi ; et d'ajouter à chacun un Ave Maria. On le trouva mort dans son lit, et l'on aperçut cinq belles roses qui sortaient de sa tète. L'une sortait de sa bouche ; deux, de ses yeux; et les deux autres, de ses oreilles. Et sur chacune le Nom de Marie était écrit.

Les mêmes faveurs ont été accordées aux frères qui sont occupés aux offices de Marthe. J'en rapporterai aussi trois exemples, en trois diverses Religions.

On vit naître dans un instant, sur le sépulcre de frère Diego Barbuto, oblat Minime, trois beaux rejetons de lis ou de jasmin, pleins de fleurs fraîches et odoriférantes ; en chacune de ces fleurs se trouvaient écrits en belles lettres les doux Noms de Jésus et de Marie, comme nous le certifie Louis Dony d'Attichy, en l'Histoire générale des Minimes.

Un frère convers de l'Ordre de Cîteaux ne savait que ces deux mots de latin, Ave Maria, en l'honneur de la Mère de Dieu. Mais il les disait souvent, et avec tant de bons sentiments, qu'après sa mort il lui sortit de la bouche un

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