‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 175 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE XV

beau lis, sur les feuilles duquel ils étaient écrits en lettres d'or, comme le raconte Jean, abbé, cité par Ange Manrique, aux Annales de ce saint Ordre.

Saint Alphonse Rodriguez disait son chapelet avec tant d'ardeur, qu'il voyait à chaque Pater sortir de sa bouche une rose vermeille, et à chaque Ave Maria une rose blanche, égales en beauté et en odeur, et différentes seulement en couleur. Il n'était pas encore religieux en notre Compagnie, où il fut coadjuteur temporel ; il se perfectionna beaucoup dans cet exercice du rosaire, et en le disant y reçut des faveurs particulières. Je me contenterai d'en rapporter une seule, mais elle est tout à fait admirable.

S'étant mis une fois à dire son rosaire, il sentit son âme fort disposée à la dévotion, et pleine de très saintes et de très douces affections. Il fut prévenu alors de Notre- Seigneur,et favorisé d'une visite signalée et presque inouïe. Il lui semblait que le Ciel s'entr'ouvrait, et que cet aimable et adorable Sauveur en descendait avec sa très sainte Mère. Jésus se logea dans son sein et dans son cœur, fontaine de l'amour et de la vie, et le combla d'une joie et d'une consolation inestimables. La Mère de toute beauté et de toute charité y trouva aussi son logement. Elle prit un nouveau cœur, et s'y plaçant, elle se mit sensiblement de l'autre côté de sa poitrine ; et dès lors ce saint frère sentit ces deux amours du paradis dans son cœur, plus ou moins, selon la disposition où il se trouvait. Ayant vécu douze ans depuis, il les sentit toujours, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre.

Ne croyez pas pour cela que Notre-Seigneur et Notre- Dame aient quitté le Ciel, pour se placer réellement dans le sein de cet admirable Serviteur de Dieu. Toutes ces merveilles se passaient dans son imagination, et étaient des marques d'une affection très tendre du Ciel envers lui. Il en concevait une si filiale confiance, qu'il disait souvent : Jésus est mon Père et Marie est ma Mère. Jésus et Marie sont mes amours. Jésus, la vérité souveraine et toute mon

espérance, mon amour et ma vie, je crois en vous, je veux ce que vous voulez et aucune autre chose. Jésus, prenez mon cœur et donnez-moi le vôtre avec votre esprit. Ai?isi soit-il.

La quatrième raison qui doit nous porter à dire notre rosaire avec ferveur et persévérance, est que nous en tirons de grands avantages à l'article de la mort. Sainte Gertrude,* étant, le jour de la Nativité de la Vierge, à Compiles, présenta cent cinquante Ave Maria, qui font le rosaire entier, à son époux Jésus-Christ, le priant, par l'affection qu'il avait pour sa sainte Mère, de la vouloir assister à l'heure de la mort. En même temps elle aperçut aux pieds de Notre-Seigneur un amas de pièces d'or, qui égalaient en nombre les paroles qu'elle avait prononcées dans sa prière. Ce charitable Rédempteur remit toutes ces pièces entre les mains de la Vierge, qui fit entendre à sainte Gertrude, qu'elle lui réserverait autant de grâces pour le moment de sa mort, afin de vaincre ses ennemis, qu'elle recevait de pièces d'or par ses prières.

Quelle dévotion devons-nous donc préférer au chapelet, puisque du moment de la mort dépend le sort de l'éternité? Mais ayez soin de dire avec ferveur ces paroles : Nunc et in hora mortis ; Priez pour nous maintenant et à l'heure de la mort. Elles se répètent si souvent, quand on s'acquitte de ce devoir envers la Vierge, qu'il est impossible qu'elles n'aient un très grand effet, et qu'elles ne fassent une puissante impression sur l'esprit d'une mère aussi charitable que l'est la Mère de Dieu.

La cinquième raison qui nous doit pousser à cet exercice, c'est l'exemple des Saints. Saint Félix de Cantalice, frère laïque capucin, demandant l'aumône par la ville de Rome (ce qu'il a fait pendant quarante ans entiers), ne paraissait jamais qu'en tenant son chapelet, soit qu'il voulût toujours avoir ce précieux gage dans les mains, comme un généreux soldat ses armes, ou qu'il le voulût dire sans cesse dans les rues ; ce qu'il faisait avec autant de dévotion et

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