‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 181 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE XV

i. L'archange Gabriel, étant envoyé à la glorieuse Vierge Marie pour lui annoncer que Dieu l'avait choisie pour sa Mère et qu'il en attendait son consentement, lui dit : Ave, gratin plena ; Dominus tccum ; benedicta tu in mulieribus ; Je vous salue, pleine de grâces; le Seigneur est avec vous; vous êtes bénie entre toutes les femmes. Pesons tous ces mots, mais brièvement.

Ave ; Je vous salue. Ce mot, Ave, exprime la joie qu'eut l'Archange d'apporter une si heureuse nouvelle, et le désir qu'il avait que la Vierge en conçût aussi une vive allégresse.

Eve avait perdu le monde et l'avait jeté dans des ténèbres et des misères perpétuelles. Marie rapporte la lumière au ciel et à la terre, en recevant le Soleil de justice en ses entrailles, pour le donner aux hommes et aux Anges. Réjouissons-nous avec cette sainte Dame, et félicitons-la de sa dignité de Mère de Dieu. Disons-lui en toute humilité et en toute révérence : Ave. Réjouissez-vous, ô bienheureuse Vierge, réjouissez-vous. La nuit est passée, voici le jour qui revient. La mort n'a plus de pouvoir, voici la vie qui se présente à vous,, pour que vous la donniez à tout l'univers.

Pleine de grâces. Les Saints ont eu 'chacun une partie ■de la grâce ; mais Marie en a obtenu la plénitude. Les fontaines, les ruisseaux et les fleuves sont pleins d'eau ; mais ce n'est rien en comparaison de la mer, qui reçoit ses eaux de tous les endroits de la terre et ne regorge jamais.

La Mère de Dieu a eu de très éclatantes lumières en l'entendement, des ardeurs plus que séraphiques en la volonté, et toute la perfection imaginable en toutes ses autres puissances et facultés. Elle a eu une charité suréminente, une humilité très profonde, une patience inébranlable, et toutes les vertus dans une souveraine éminence.

Le Seigneur est avec vous. Il y est non seulement par la grâce, comme avec les autres Saints ; mais il y demeure,

comme dans sa maison et dans son trône. La Sainte Vierge a tenu neuf mois entiers le Fils de Dieu dans ses chastes entrailles. Elle est cette Dame, revêtue du soleil, qui éclaire tout le monde. C'est la Mère du Tout-Puissant, qui obtient de lui ce qu'elle veut. La Mère ne s'est jamais éloignée de son Fils, et le Fils ne s'est jamais retiré de sa Mère. Elle obtient les choses les plus difficiles en lui montrant ses mamelles qui l'ont allaité, et ce Dieu de bonté ne peut rien refuser à celle qui lui a donné la vie.

Vous êtes bénie entre toutes les femmes. Judith a été louée pour sa force, Esther pour sa beauté et pour sa charité, Abigaïl pour sa prudence, Ruth pour son humilité, Suzanne pour sa chasteté, et d'autres pour diverses vertus et perfections ; mais, ô glorieuse Mère de Dieu ! vous seule les surpassez toutes ensemble. Vous êtes tellement mère que vous êtes vierge, et votre virginité ne vous a point ôté le bien de la fécondité, et votre fécondité n'a en rien diminué votre pureté.

2. Après les paroles de l'Ange, suivent celles de sainte Elisabeth. Dans la visite que lui rendit la Mère de notre Sauveur, elle fut si remplie du Saint-Esprit qu'elle connut le mystère de l'Incarnation, et que, dans l'admiration où la jeta l'éminence de celle qui entrait dans sa maison, elle s'écria : Benedictus fructus ventris tui ; Le fruit de votre ventre est béni.

Ce fruit est béni en son odeur, en sa saveur et en son espèce. Le fruit d'Adam était maudit, et apportait toujours avec lui la corruption du péché originel. Le fruit de la Vierge est très pur, n'ayant nulle tache de cette infection» et contenant en lui un suc si vivifiant que quiconque en goûtera sera délivré de ses impuretés.

3. La conclusion que met l'Eglise à cette Salutation angélique est très dévote. Tâchez de la dire en réfléchissant en même temps à ce qu'elle signifie. Quand vous prononcez ces paroles : Saficta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc et in hora mortis nostrœ, Amen; Sainte

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