LIVRE SECOND. CHAPITRE XV
Marie Mère de Dieu, priez pour nous pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Ainsi soit-il, considérez premièrement ce bel éloge de Mère de Dieu, dignité en certaine manière infinie, puisque le Fils de Dieu est infini. Dieu même ne peut faire une maternité plus parfaite, attendu qu'il n'est pas possible de trouver ni de s'imaginer un Fils plus excellent que Dieu.
Secondement, confessez que vous êtes pécheur. Cette humilité vous obtiendra le secours de la Mère de miséricorde, qui par humilité a été élevée à une maternité d'une excellence inconcevable.
Troisièmement, déclarez-lui vos nécessités, et implorez son assistance, afin qu'elle vous aide dans vos tentations durant la vie, et qu'elle vous obtienne des grâces pour vous avancer de jour en jour dans des vertus plus héroïques. Saint Bernard dit une parole bien hardie, il permet de ne plus invoquer cette Mère de bonté si l'on trouve qu'elle ait rejeté nos prières. Elle ne rebute personne, quelque grand pécheur que es puisse être. Dans la connaissance de nos crimes, nous avons occasion d'appréhender Jésus-Christ en qualité de juge ; mais dans sa sainte Mère et la nôtre, nous ne trouvons que lait, que douceur et que miséricorde.
Elle arrête les châtiments dont Dieu veut punir les pécheurs. Saint Dominique vit dans une de ses extases Notre- Seigneur au milieu des airs, assis sur un trône éclatant de lumière, environné d'une grande multitude d'Anges. Son visage était tout enflammé de colère, et il tenait en sa main trois lances pour en frapper tous les hommes de la terre. Il paraissait dans une telle indignation que personne n'osait s'opposer à sa justice. La Vierge Marie, à la vue de la frayeur de tous les autres, se prosterna à ses pieds, et obtint enfin par plusieurs prières miséricorde pour les pécheurs.
Théophile, pour venir à bout des desseins de son ambition, s'était absolument donné au diable, et avait souscrit
de sa main cette donation. Il fut touché de remords d'une action si noire et si exécrable; mais dans le désespoir de son salut, il n'osait se présenter à Dieu, qu'il avait si grièvement offensé. Il s'adresse à la Mère de miséricorde, et par son moyen obtient la rémission de son crime, recouvre le papier de sa donation, et acquiert tant de vertus qu'il est mis dans le catalogue des Saints. Tant est puissante cette glorieuse Reine des cieux et de la terre, et tant elle a de bonté pour ceux qui se fient en sa protection !
Elle aide même pour les biens du corps et de la fortune. Un prince sarrasin fit injustement couper la main à saint Jean Damascène : la Vierge la lui remit, et le guérit entièrement. L'empereur Héraclius avait été si souvent vaincu par Chosroès, roi des Perses, qu'il se tenait pour perdu, et le priait de lui donner la paix à quelques conditions raisonnables qu'il voudrait. Le barbare refusa tout accord s'il ne renonçait à sa religion. Héraclius se résolut à périr plutôt que de renier son Dieu ; il prit une image de la Vierge, la fit porter dans son armée, et par son assistance gagna tant de victoires contre cet arrogant vainqueur, qu'il le contraignit à une paix très honteuse et très désavantageuse. L'empereur Zimiscès, l'empereur Basile, Pelage, roi de Galice, et plusieurs autres princes, ont triomphé des Bulgares, des Scythes, des Sarrasins et de leurs plus redoutables ennemis, par l'aide de cette puissante Reine de l'univers.
Si cette puissante et charitable Mère aide ses enfants durant la vie, elle le fait encore avec plus de soin et de tendresse à l'article de la mort, dans la vue que de ce moment dépend l'éternité. C'est ce que nous lui demandons à chaque Ave Maria de notre chapelet, l'Église nous ordonnant d'y ajouter toujours : Sainte Marie, Mère de Dieu, prie^ pour nous pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort.
Les Religieux éprouvent particulièrement cette assistance. Adolphe, qui de prince d'Alsace s'était fait religieux de l'Ordre de Saint-P'rançois, fut saisi d'effroi à ce terrible