LIVRE SECOND. CHAPITRE XV
passage de l'éternité. Il jette des soupirs amoureux vers sa bonne Mère, qu'il avait honorée durant sa vie. Elle se présente à lui, accompagnée d'une innombrable multitude d'Anges, et lui dit : Mon fils, que craignez-vous ? Pourquoi vous inquiétez-vous à cause des approches de la mort? Venez en assurance, parce que mon Fils, que vous avez servi, vous donnera la couronne de gloire. A ces douces paroles il fut comblé de joie, et rendit son âme bienheureuse entre les mains de sa bonne Mère, dans lesquelles rien ne peut périr.
Les frères convers ressentent ses faveurs et sa protection en ce passage si important. Vous en trouverez plusieurs exemples en divers endroits de ce Traité ; celui de frère Jacques de Nursie, capucin, me suffira présentement. Dans le pressentiment de sa mort toute prochaine, il dit à son Gardien : Mon Père, je n'ai jamais fait aucun voyage sans votre bénédiction, ou celle de mes autres Supérieurs ; maintenant que je me mets en chemin poiy aller à Dieu, je vous supplie de me la donner. Le Gardien répliqua : 77 n'est pas temps de partir, la voix de Dieu ne vous contraint pas d'y aller si tôt, vous avez encore beaucoup de chemin à faire. Mais ce Serviteur de Dieu dit avec certitude : Excusez-moi, mon Révérend Père, il ne me reste qu'un petit souffle de vie. J'entends déjà Dieu qui m'appelle. Je vous en prie, mon cher Père, ne me privez point de votre bénédiction. En prononçant ces paroles, il se met à genoux, reçoit cette bénédiction tant désirée, et à l'instant il s'écrie plein de joie : 0 Vierge bénie! O Vierge la plus heureuse de toutes les Vierges! vous êtes venue bien à propos. Voici, voici la Reine des deux qui ni appelle en paradis pour y recevoir des récompenses éternelles. Il mourut dans cet élan, et s'envola au ciel à la suite de Notre-Dame.
L'Eglise, désireuse du bien de ses enfants, ajoute à la Salutation angélique les Noms de Jésus et de Marie, afin d'augmenter leur dévotion et leur profit : car il n'est rien
de plus doux ni de plus efficace que ces Noms divins. Saint Ignace, en prononçant le saint Nom de Jésus, chassa le démon qui le voulait épouvanter. Saint Antoine, saint Hilarion et plusieurs autres Saints ont chassé des légions entières de ces maudits esprits, qui se jetaient sur eux sous diverses formes, de lions, d'ours, de tigres, de serpents et de monstres effroyables.
Le saint Nom de Marie préserva saint Antoine de Padoue de la furie de cet ennemi des hommes et de Dieu. Ce cruel, irrité de ce que ce saint personnage convertissait plusieurs pécheurs par ses prédications, lui sauta au collet pendant qu'il reposait la nuit, et peu s'en fallut qu'il ne l'étranglât. Cet homme apostolique, qui était très dévot à Notre-Dame, prononça dans cette extrémité le Nom de Marie. A l'instant sa chambre fut remplie d'une céleste lumière, que cet ange de ténèbres ne put soutenir.
Saint Pierre Thomassin, patriarche de Constantinople, avait l'estime du sacré Nom de Marie si fort imprimée dans son âme, qu'on trouva ce Nom gravé sur son cœur après sa mort, comme autrefois on trouva le saint Nom de Jésus marqué sur le cœur de saint Ignace, le martyr. Donnons notre âme et notre corps à Jésus et à Marie, et ils nous seront un bouclier sur notre cœur, qui sera impénétrable à toutes les armes de l'enfer.
VII. Cette connaissance et cette méditation de l'Oraison dominicale et de la Salutation angélique suffisent pour bien dire son chapelet. Il est très utile néanmoins de méditer aussi les quinze mystères de la vie de Notre-Seigneur, que l'on a appliqués aux quinze dizaines du rosaire.
Cinq de ces mystères sont joyeux, savoir : l'annonciation de l'Incarnation du Sauveur, laVisitation de Notre-Dame, la Nativité de Notre-Seigneur, la Purification de la Vierge et la Présentation de son Fils, le recouvrement au temple de l'Enfant Jésus.
Cinq autres sont douloureux, savoir : l'oraison au jardin de Gethsémani, où Jésus-Christ sua sang et eau, la flagel-