‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 185 sur 308 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

MANIÈRE FACILE ET NECESSAIRE AUX FRERES CONVERS POUR FAIRE LA LECTURE SPIRITUELLE AVEC DEVOTION ET AVEC PROFIT.

I. Excellence de la Lecture spirituelle. — 11. Sa douceur. — III. Son utilité. — IV. Avis pour la faire fructueusement.

I. O^S^t?* uand nous prions, nous parlons à Dieu, et quand nous lisons quelque livre spirituel, Dieu nous parle. Cette seule pensée bien pénétrée est capable de nous faire concevoir l'excellence de cet exercice, et de nous y rendre attentifs et dévots.

Dites-moi en saine conscience, si le ciel s'entr'ouvrait présentement, et que Notre-Seigneur Jésus-Christ en descendant visiblement, vous mît en main une lettre envovée par le Père éternel pour vous déclarer ses volontés, que diriez-vous? que feriez-vous? avec quel respect la prendriez-vous entre vos mains, la porteriez-vous à vos lèvres pour la baiser, la mettriez-vous sur votre cœur pour y joindre votre amour et vos résolutions, et enfin la poseriez-vous sur votre tête pour témoigner au ciel et à la terre vos soumissions aux volontés de votre Créateur et de votre souverain Seigneur !

Saint Alphonse Rodriguez,coadjuteur temporel de notre Compagnie, était dans ce sentiment, lorsque, prenant le livre en main, il élevait son âme à Dieu, et lisait comme s'il eût vu Dieu face à face et l'eût entendu parler. De là vint que Dieu lui fit connaître fort souvent sa volonté et lui enseigna de très hauts secrets. Lorsqu'il prenait son livre de lecture, il disait souvent en lui-même : Loquere, Domine, quia audit servus tuus ; Parlez, Seigneur, car votre serviteur vous écoute. Cet exercice n'est pas seulement recommandable pour son excellence, mais aus- T. I. ,,,

si pour sa douceur et pour son utilité. Disons un mot de chacune.

II. Une lecture spirituelle bien faite est pour l'ordinaire plus douce et plus agréable que la méditation. Car elle n'est point sujette aux distractions, aux aridités et aux désolations qui traversent souvent la méditation, et jettent dans l'esprit de plusieurs pusillanimes le désespoir d'y pouvoir réussir, si principalement ils ne sont point versés dans les sciences.

Ceux-là même qui sont élevés à la vue des plus hauts mystères, prennent plaisir à lire les livres qui leur apprennent à connaître les volontés de Dieu. Le prophète Ézéchiel reçut le commandement de manger un livre : il le trouva aussi doux que du miel.

Les livres spirituels sont des fontaines de lait et de miel que Dieu fait couler pour ses enfants et pour ses serviteurs. Il leur donne de l'abondance et de la douceur dans cette action, suivant le fruit qu'il désire qu'ils en retirent.

Le prophète-roi nous certifie que les paroles de Dieu sont plus suaves que le miel. Il fait couler de la plume des écrivains sacrés cette liqueur surhumaine, afin qu'elle soit recueillie par les saintes âmes qui, comme de chastes abeilles, s'approchent de ces fleurs divines.

Saint Euthyme et saint Sabàs apparurent à Cyrille, qui voulait écrire leurs Vies et n'en pouvait exécuter le dessein. Saint Euthyme tira de son sein une boîte d'argent pleine d'une céleste liqueur, et lui en versa par trois fois dans la bouche. Cyrille trouva ce nectar si délicieux, qu'il dit que ce serait lui faire un grand tort que de le comparer au miel le plus savoureux. Cette suavité lui demeura même après son réveil, et il commença à composer la Vie de saint Euthyme, qui lui avait fait cette faveur; et puis il commença celle de saint Sabas. Dans l'une et l'autre composition, il ressentit une grande facilité et un très sensible contentement. Lisez les Vies de ces saints Abbés, et vous

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