‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 186 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE XVI 2QI · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE XVI 2QI

verrez que cette douceur se répandra aussi dans votre àme. III. La lecture spirituelle n'est pas moins utile que douce et délectable. Elle sert en la vie purgative, en l'illuminative et en l'unitive.

i. Ceux qui sont encore remplis des mauvaises humeurs de leurs péchés passés et de leurs passions présentes, y trouvent une bonne et salutaire médecine.

Les rois d'Egypte appelaient les livres, la médecine de l'âme. Au rapport de Théodoret, il n'y a point de maladies qu'ils ne guérissent, si l'on s'en sert avec prudence et suivant la direction des médecins spirituels.

Ils sont propres nommément pour guérir ceux qui sont revêtus de l'autorité et de la puissance. Pour cette raison Démétrius de Phalère appelait les bons livres, les meilleurs conseillers des grands. Ils ne les flattent point; ils leur disent leurs défauts dans une entière liberté et sans rougir ; ils leur donnent les moyens les plus propres aux entreprises généreuses, sans avoir aucun égard à leur inclination ni à leur volonté.

On peut dire la même chose de toutes les autres personnes. Plusieurs s'attachent à des passions déréglées, et rejettent tous les avis de leurs parents, de leurs amis et de leurs compagnons : un livre se présente, par ses attraits divins il attire le cœur, et par ses avis et ses menaces il réveille l'àme et la purifie.

Saint Augustin, dans le feu de l'âge, était la victime de ses passions, et ne se mettait guère en peine des avertissements continuels ni des larmes de sa mère, sainte Monique. Un jour, s'étant jeté sous un arbre dans un jardin, il entendit une voix qui lui disait : Toile, lege ; toile, lege : Prenez, lisez; prenez, lisez. Il se lève, il prend lesEpîtres de saint Paul, et ayant lu ces deux ou trois lignes de l'Epître aux Romains : Ne vous adonne^ point à la gourmandise, à l'ivrognerie, à l'impudicité, à l 'envie, aux disputes et aux jalousies ; mais revêtez-vous de Notre -Seigneur Jésus-Christ, et ne faites point ce que vos passions

mal réglées désirent, il se convertit parfaitement à Dieu, et devint une lumière très éclatante dans l'Eglise. Il rapporte en ses Confessions la conversion de deux gentilshommes de l'empereur Théodose, qui, ayant lu la Vie de saint Antoine, se décidèrent sur-le-champ à se faire religieux, et dont les épouses, au récit de leur changement de vie, entrèrent aussi dans un cloître pour y faire leur salut avec assurance.

Saint Ignace, fondateur de notre Compagnie, était un capitaine qui avait vécu dans les armées, en suivant les vaines maximes du siècle. Revenant en convalescence après une dangereuse maladie, il demanda quelque roman ou Amadis, pour se désennuyer et pour passer le temps ; mais, par une particulière providence de Dieu, on n'en trouva aucun. On lui apporta la Vie des Saints, qu'il lut d'abord plus par désœuvrement que par un véritable désir de s'amender. Il fut néanmoins pris à l'hameçon par le plaisir qu'il goûta à la lecture de ce livre et qui fut l'appât dont Dieu se servit pour le tirer si puissamment à lui par une lumière céleste et par une impulsion intérieure, qu'il résolut de travailler à son salut, et commença à faire pénitence dans une telle ferveur qu'on l'eût pu dès lors mettre au nombre des personnes d'une vertu consommée.

Saint Céolulphe, roi de Northumbrie, en Angleterre, fut touché de la grâce de Dieu par la lecture de l'Histoire d'Angleterre composée par le vénérable Bède, et il quitta le sceptre, la pourpre et la couronne. Il se fit religieux, et vécut dans une si haute vertu, que chacun admirait qu'un roi, si délicatement nourri, s'adonnât si avidement aux austérités des plus ardents serviteurs de Dieu.

Et pour apporter une chose plus propre aux Frères occupés aux exercices corporels, je conclurai par l'exemple de saint Anastase Persan, frère du général de l'armée du roi de Perse. Il fut converti à la foi et à la vertu, en lisant les histoires des Martyrs sur les tableaux de l'église de Hiérapolis. De là il s'en alla à Jérusalem, où il se fit bap-

Page 1