LIVRE SECOND. CHAPITRE XVII 2(jCj
baric. Les amphithéâtres nageaient tous les jours dans le sang des hommes qui se tuaient l'un l'autre, ou qui étaient exposés à la cruauté des bêtes farouches. Les temples et les lieux les plus sacrés, en divers pays, étaient remplis de filles, de femmes et de jeunes enfants abandonnés à la licence et aux passions les plus abominables. Et dans Corinthe, qui était l'oeil de la Grèce, cette abomination était censée un acte de religion. Quelles ténèbres pourrait-on voir plus épaisses, quels crimes plus détestables, quelles vies plus désespérées?
Le Saint-Esprit a pitié du monde : Il envoie sa parole aux hommes, et il les guérit. Il les retire de leurs infirmités, qui les menaient à une ruine et à une mort certaine, dit le prophète David.
Saint Pierre, rempli de ces divines flammes, convertit trois mille personnes par sa première prédication ; par la seconde, cinq mille, et en toute sa vie un nombre infini. Les Apôtres se dispersèrent par tout l'univers ; et comme s'ils eussent semé des fleurs du paradis dans tous les royaumes et dans tous les empires, la piété, l'humilité, la modestie, la virginité et toutes les vertus paraissaient en tous les lieux où ils mettaient le pied, et où ils ouvraient la bouche pour faire connaître la volonté de Dieu et pour en offrir les grâces.
Ce fut cette divine parole qui persuada à sainte Iphigénie, fille d'un roi d'Ethiopie, de refuser le sceptre, la couronne et le mariage d'un puissant roi, pour s'enfermer dans un monastère, pour y vivre dans une austère pénitence, et pour y souffrir un glorieux martyre, en défendant sa virginité.
Cette parole de Dieu a fortifié saint Etienne sous la grêle de pierres ; saint Polycarpe dans les flammes ; saint Laurent sur un gril ardent; sainte Agnès au milieu des lions; tant de jeunes vierges, d'enfants très délicats, de vieillards épuisés de forces dans la souffrance des feux, des croix, des fouets, des chevalets, et de toute sorte de
supplices, qu'ils ont mieux aimé endurer que de perdre leur foi et leur virginité.
Qui a fait toutes les merveilles que nous voyons et que nous admirons dans le Brésil, dans le Paraguay, dans le Canada et dans un monde entier de peuples barbares en Asie, en Afrique et en Amérique ? Avant que les prédicateurs de Jésus-Christ y missent le pied, ce n'était que meurtres, que carnages et furies, que magies et enchantements, que sacrifices infâmes et adorations des démons. Depuis que la parole de Dieu s'y est fait entendre en plusieurs provinces, il y a tant de pureté, d'innocence et de sainteté, que vous diriez avec joie que c'est la primitive Eglise.
J'en conclus que l'efficacité de la parole céleste est très grande, et que, si nous l'entendons comme il faut, nous en tirerons de très notables avantages pour notre avancement et pour notre perfection dans la vie spirituelle. Voyons donc le moyen de l'entendre en véritable religieux.
II. Je trouve deux raisons principales, qui nous persuadent l'attention à ce que nous dit le prédicateur : la première, est que c'est Dieu qui nous parle ; la seconde, que nous avons besoin d'enseignement et d'excitation pour la vertu.
i. Le meilleur moyen pour nous tenir toujours en appétit, en ferveur et en révérence, c'est de croire que Dieu nous instruit par la bouche du prédicateur, et qu'il opère des merveilles dans l'âme des auditeurs qui l'écoutent volontiers et avec dévotion. Considérons Tune et l'autre proposition.
Premièrement, notre Sauveur dit à ses Apôtres : Qui vous écoute m'écoute, et qui vous méprise me méprise. Il a montré dans tous les siècles cette importante vérité, tantôt au prédicateur, tantôt aux auditeurs, et tantôt aux uns et aux autres. Ce charitable Rédempteur choisit saint Vincent Ferrier pour aller prêcher en Italie, en Espagne et dans