‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 193 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE XVII 3o I · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE XVII 3o I

la Gaule. Il lui apparut avec saint Dominique et avec saint François, et lui promit qu'il serait toujours avec lui. Ce qu'il fît visiblement à cet homme apostolique, il le fait tous les jours invisiblement aux autres prédicateurs : il les envoie, il leur fortifie le cœur, il leur donne son Saint- Esprit, et parle au peuple par leur bouche. Lorsque saint Bernardin prêchait, les auditeurs virent sur sa tète une étoile lumineuse. On aperçut un Ange qui parlait à l'oreille de saint Ambroise; et on vit une colombe qui était sur l'épaule de saint Basile. Ceux qui étaient au sermon de saint Ephrem virent des Anges qui lui présentaient un livre pour prêcher ; et lui-même vit qu'il sortait de sa propre bouche une vigne chargée de beaucoup de raisins, qui s'étendait sur toute la terre, et plusieurs oiseaux qui descendaient dessus, et en mangeaient à plaisir sans que la vigne en reçût aucun dommage ; car les raisins croissaient d'autant plus que le nombre des oiseaux se faisait plus grand. Tous ces symboles étaient des signes de la présence de Dieu, qui instruisait son peuple par ses hérauts.

Si ces merveilles se passaient aujourd'hui devant nos yeux, que ferions-nous? Quelle ferveur, quelle dévotion, quelle attention et quelle révérence n'aurions-nous pas? Et cependant ces étoiles, ces colombes, ces vignes et ces Anges ne sont que des marques de ce qui se passe chaque jour dans nos églises et dans nos chaires, tant aux exhortations privées qu'aux exhortations publiques.

Outre cette pensée que c'est Dieu qui vous prêche, il est très utile d'avoir bonne opinion de la science et de la vertu du prédicateur. Les paroles d'une personne que nous aimons et que nous estimons entrent plus doucement et plus fructueusement dans notre esprit. Pour cette raison, ne parlons jamais mal de ceux que Dieu emploie pour nous instruire et pour nous mener en paradis. Ne prêtons aussi jamais nos oreilles à ce que les autres en disent de mal : nous les devons réserver pour y recevoir la parole de Dieu par la bouche de celui-là même que

nous mépriserions. Cette imprudence et ce libertinage nous seraient très dommageables.

Que s'il vous est impossible d'en dire du bien, ou que les autres en disent du mal sans que vous puissiez les contredire avec vérité et avec charité, taisez-vous et affermissez votre esprit dans la considération susalléguée, que c'est Dieu qui vous prêche, et que peut vous importe l'organe par lequel il vous déclare ses volontés.

Lorsqu'un trompette ou un tambour proclame l'édit du roi à un coin de rue, les hommes sages ne considèrent nullement s'il a une voix forte ou non, s'il est petit ou grand, s'il est riche ou pauvre, s'il est vertueux ou impie : tout leur esprit et toute leur attention esta bien concevoir la volonté du prince. Les petits enfants rient et sautent au son de la trompette et du tambour ; mais souvent les personnes âgées tremblent, entendant qu'il faut fournir de l'argent, nourrir des soldats, garder une loi sous peine de mort, et choses semblables.

En second lieu, non seulement Notre-Seigneur est dans la chaire et dans la bouche du prédicateur durant le sermon ; mais aussi par toute l'église, dans le cœur des auditeurs. Il demande entrée dans le vôtre, pour ouvrir un passage à sa sainte parole, pour- lui trouver une place commode, pour lui faire prendre racine et produire des fruits dignes d'être présentés à son Père éternel.

Quand un laboureur a semé son champ et couvert de terre la semence, il s'en va dans sa maison travailler à d'autres affaires, et attend avec patience que les grains germent et se forment en épis et en blés. Mais Notre- Seigneur, ayant semé dans l'âme des auditeurs sa sainte parole, demeure avec elle, l'arrose et la fait germer, fleurir et donner des fruits, si vous vous savez bien servir de sa présence. Cette pensée vous sera d'une grande utilité et d'une sensible consolation.

Agnès, fille de Bernard, citoyen d'Assise, connut cette vérité. Elle vit un jour, pendant une prédication, l'En-

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