LIVRE SECOND. CHAPITRE XVII 3o
fant Jésus qui se jouait avec sainte Claire, et qui la caressait. Elle entendit de plus une voix qui lui disait : Je suis au milieu d'eux.
N'ôtons pas ce contentement à un si aimable et si charitable Maître, en nous laissant emporter à des distractions inutiles ou accabler de sommeil. Les Saints ont eu un soin merveilleux d'assister au sermon avec piété et avec révérence. François de l'Enfant-Jésus, frère convers des Carmes déchaussés, l'entendait pour l'ordinaire à genoux, et avec une révérence et une attention qui ravissaient ceux qui le contemplaient. Aussi recevait-il dans cette sainte action des grâces très particulières du Ciel.
2. Une autre raison qui nous doit ouvrir le cœur et les oreilles à la parole de Dieu, est le besoin que nous en avons, quelque savants et quelque vertueux que nous soyons. Cette pensée qui est très véritable, vous fera si bien recevoir la semence du Ciel qu'elle vous produira des fruits en abondance.
Gardez-vous très soigneusement de cet orgueil, que les prédications se font dans les églises pour les séculiers et non pour les religieux. Quoi donc ! où jette-t-on la semence, sinon sur les bonnes terres, qui peuvent rendre le centuple à leur maître?
De plus, dites-moi, les religieux sont-ils sans imperfections ? Vous estimez-vous tel ? N'avez-vous nulle mauvaise habitude, nulle passion mal domptée, nulle inclination à la terre, nulle tristesse au cœur, nul ennui et nul dégoût dans les travaux? Si vous .n'en sentez point, ne craignezvous point qu'il y ait de l'endurcissement et de l'aveuglement dans votre cœur? Avancez-vous en patience, en modestie, en humilité et en charité ; progressez-vous dans le silence, la pauvreté, l'obéissance, la chasteté, et dans toutes les autres vertus, autant que Dieu et que vos Supérieurs le désirent de vous?
Nous avons à la maison, me direz-vous, beaucoup de méditations, de contemplations, de lectures, d'examens de
conscience, de catéchismes, d'exhortations et d'autres aides célestes... Cela est vrai ; mais pour cela en êtes-vous plus saint? Ne craignez-vous point qu'il ne vous arrive comme aux poissons de la mer, qui sont remplis et environnés de toutes parts des eaux salées, et n'en prennent aucune salure.
Ne vous abusez point vous-mêmes, et ne changez pas votre médecine en poison. Dieu vous fera rendre un compte très exact de toutes les ambassades qu'il vous envoie par ses prédicateurs. Il envoie sa parole à dessein qu'elle produise du fruit. Vous serez criminel, si vous l'en empêchez par votre faute.
Votre Règle vous oblige d'ouïr le sermon. Est-ce pour que vous rapportiez au Supérieur qu'à votre avis ce prédicateur est un habile homme, qu'il est capable de convertir les âmes, qu'il a un beau geste et une bonne voix? Non, non, jamais elle n'a eu cette vue. C'est uniquement afin de vous convertir vous-mêmes, et afin de vous pousser fortement à la vertu et à la perfection.
Nous mangeons chaque jour, et nous ne nous en lassons jamais. Mais quoi ! allons-nous à table pour connaître si le cuisinier est habile homme en son métier, si les viandes sont belles, si elles viennent d'un pays étranger, si les autres mangent de bonne grâce et avec appétit ? Je vous en fais juge. Pourquoi donc vous amuseriez-vous à des bagatelles en ce qui concerne votre salut éternel?
Les Saints ont tremblé à la vue de leurs péchés. David éclatait en soupirs, et disait que ses péchés étaient plus nombreux que les cheveux de sa tête. Cette connaissance le disposa toujours à ouïr volontiers et avec profit les avertissements que Dieu lui donna par ses serviteurs.
Nous croyons souvent que l'air de la chambre où nous sommes est pur et net. Mais aussitôt que le soleil a fait paraître un de ses rayons dans l'appartement, nous y découvrons des armées entières de petits atomes qui le remplissent et s'y entrechoquent. Approchons-nous de la lu-