‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 196 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE XVII

était divisée en deux factions si acharnées l'une contre l'autre, que plusieurs avaient déjà été assassinés, et l'on craignait encore pis pour l'avenir.

Les tyrans mêmes qui viennent à la prédication comme des loups, s'y changent en agneaux. Pendant que saint Eleuthère prêchait, Félix entra avec ses satellites pour le faire prisonnier et lui faire endurer une mort cruelle et ignominieuse. Afin d'éviter le tumulte, il voulut attendre la fin du discours ; mais la parole de Dieu eut tant de pouvoir sur son esprit, qu'il se convertit, et se jeta aux pieds de celui qu'il voulait tourmenter et à qui il voulait ôter la vie. Que fera cette source de grâces dans un cœur bien disposé, puisqu'elle amollit- les rochers?

III. De ce raisonnement je tire deux conséquences : la première, que nous devons concevoir un extrême désir d'entendre la parole de Dieu ; la seconde, que nous devons aussi éviter avec soin tout ce qui peut nous empêcher d'en profiter lorsque nous l'entendons.

i. Le désir d'entendre la parole de Dieu est un si^ne d'une bonne santé de l'âme, et le dégoût témoigne qu'il y a des humeurs viciées et malignes. Ceux qui ont une parfaite santé du corps vont à table avec joie et avec appétit; mais les malades ne prennent de la viande que par force et à regret.

Ce désir ardent d'ouïr le sermon est la cause d'un plus grand profit. L'âme avide de son bonheur s'approprie plus soigneusement et plus intimement l'enseignement qui lui a été donné. Une terre crevassée qui demande la pluie à cause de son extrême sécheresse, la boit plus ardemment et plus utilement que celle qui est cachée dans des bois et dans des cavernes'.

Le religieux qui n'a que du dégoût pour la prédication, doit craindre que les séculiers ne le condamnent au tribunal de la justice divine. Plusieurs y viennent, dans les pays catholiques, deux ou trois heures avant, pour retenir une place d'où ils puissent mieux entendre. En Angleterre, en

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Ecosse, en Irlande, et en d'autres provinces qui sont sous le sceptre des hérétiques ou des infidèles, de pauvres gens viennent de cinq et six lieues au péril de leur vie, pour nourrir leurs âmes de cette pâture céleste. Et vous, vous avez à votre porte, souvent dans votre maison, ce qu'ils cherchent avec tant de périls et de travaux.

Saint Xavier était quelquefois suivi, dans les Indes, de cinq ou six mille personnes, qui couraient après lui des villes et des villages. Et lui, quoique légat apostolique, montait sur des arbres, pour être plus facilement vu et entendu de toute cette multitude.

Ce désir d'assister à la prédication attire les bénédictions du Ciel. Notre Sauveur multiplia les pains et les poissons au désert, en faveur d'un peuple nombreux qui le suivait pour assouvir la faim qu'il avait de sa divine parole.

Dieu fit un autre miracle bien notable pour une femme qui désirait ouïr la prédication de saint Antoine de Padoue, et qui était retenue à son logis par son mari. Elle était éloignée d'une lieue entière de la place où le Saint prêchait. Elle monte au grenier, et ouvre une fenêtre de ce côté-là, pour joindre au moins ses prières à celles de ceux qui étaient assemblés. Mais elle fut bientôt étonnée d'entendre la voix de ce saint homme aussi distinctement que si elle eût été au pied de sa chaire. Ravie de ce miracle, elle court à son mari ; mais il se moque de son récit. Pressé néanmoins d'écouter lui-même, il monte en haut, et obtient la même faveur que sa femme.

Au contraire, Dieu punit avec sévérité, et quelquefois avec une sévérité exemplaire, ceux qui négligent la prédication. Sylvestre Landin, de la Compagnie de Jésus, prêchant durant la moisson, tous les laboureurs quittèrent leur travail. Un seul, par une crainte excessive que son grain ne pourrît sur la terre, le ramassa au lieu d'aller au sermon. Mais le feu brûla et réduisit en cendres tout ce qu'il avait recueilli. La cause de ce feu n'ayant pu être

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