LIVRE SECOND. CHAPITRE XVII 3oO
trouvée, chacun estima qu'il venait immédiatement de Dieu, pour punir le peu de respect à sa parole et le peu de confiance en sa bonté.
Nous devons nous exciter au désir d'entendre la parole de Dieu, dans la vue que le démon nous en détourne autant qu'il peut. Comme saint Antoine de Padoue prêchait, un démon se déguisa en messager, et apporta une lettre à une dame, par laquelle on l'avertissait que son fils avait été pris et tué par les ennemis. Son dessein était de la faire sortir de l'église. Mais le Saint, éclairé du Ciel, dit tout haut : Ne craigne^ point, Madame, votre fils est en bonne santé et en pleine liberté, ce messager est un démon. A ces mots, l'esprit infernal s'évanouit comme une fumée, montrant ainsi à toute l'assemblée combien il désire nous éloigner de la prédication.
Ne donnons point ce contentement à cet ennemi de Dieu et de notre salut, qu'il nous fasse perdre un temps si précieux qui nous avance à la perfection, et qui nous rend agréables à notre Sauveur, lequel prend plaisir à nous instruire par ses serviteurs.
2. Ce n'est pas assez d'aller au sermon avec le désir d'en profiter. Il faut faire effort pour se maintenir dans le même désir, et pour éviter tout ce qui peut empêcher ce profit.
Le principal et le plus ordinaire empêchement, c'est le sommeil, qui est une tentation et une infirmité purement naturelle. Il est fort souvent difficile d'y remédier lorsqu'on assiste au sermon après dîner, à cause que les fumées des viandes montent à la tête et l'accablent. Il est quelquefois nécessaire de se faire une grande violence pour dompter un ennemi si importun et si opiniâtre. Trouvons-y quelques remèdes.
Il sera utile de considérer que c'est une chose honteuse que nous ne nous endormions jamais à table où nous prenons un morceau de pain, et que nous nous laissions assoupir et endormir lorsque Jésus-Christ nous veut nourrir •d'un nectar et d'une ambroisie célestes.
Démosthène, le plus excellent des orateurs de la Grèce, s'indigna un jour de ce que, pendant un discours important qu'il Faisait touchant les affaires publiques, la plupart de ses auditeurs dormaient ou ne se rendaient pas attentifs. Il se mit à raconter la fable d'un ânier qui avait voulu vendre l'ombre de son âne à un pauvre voyageur, qui s'en était un peu servi pour se garantir des ardeurs du soleil. Le peuple se réveilla, et l'écouta avec avidité pour en savoir la fin. Mais ce prudent orateur interrompit son discours, et réprimanda avec sévérité ces fainéants, de ce qu'ils dormaient lorsqu'il traitait du bien public, et qu'ils avaient les oreilles et le cœur ouverts à des niaiseries.
Craignons le même reproche, si nos yeux se ferment et si notre cœur sommeille quand on nous entretient des grâces et des mystères de notre Rédempteur, et de tout ce qui nous peut mener à sa gloire, vu que nous sommes si éveillés au récit de nouvelles et de contes qui ne nous servent que d'empêchement et de distraction.
Quel est le marchand qui dort sur son comptoir lorsqu'on lui apporte de l'argent? Jésus vous présente ses trésors avec sa parole, et vous vous laissez abattre de sommeil et de lâcheté !
Les âmes d'élite et nées pour le ciel, ont évité le sommeil comme une mort avant la mort. Saint Pacôme vivait presque sans dormir. Saint Wolstan, évêque de Wigorne, en Angleterre, fut quatre jours et quatre nuits, et saint Macaire vingt jours, sans fermer l'œil; et nous ne pourrons pas veiller une heure avec Notre-Seigneur !
Saint Xavier, saint Théodose, saint Honorât, sainte Catherine de Sienne priaient en dormant; et nous dormons lorsqu'il faut prier et élever notre cœur vers Dieu !
Si la considération et l'exemple ne suffisent pas pour obtenir la victoire, mettons-nous dans une attitude de corps qui nous contraigne à veiller ou à sommeiller fort peu.
Les Saints, afin de dormir le moins qu'ils pouvaient, même pendant la nuit, se tenaient toujours debout, comme