LIVRE SECOND. CHAPITRE XVII
saint Maur, saint Euthymc et saint Amman l'Ismaélite ; ou couchés sur un cilice, comme saint Gaudence et sainte Paule ; ou sur des ais, comme le bienheureux Albert, ermite ; ou sur un banc, comme saint Wolstan,et comme le bienheureux Pierre Fourrier, réformateur des Chanoines Réguliers de la Congrégation de Nôtre-Sauveur, et fondateur des Filles de la Congrégation de Notre-Dame.
Saint Kentigerne, évêque de Glascow, en Ecosse, dormait sur un sac jeté sur de la cendre et sur un cilice, et n'avait qu'une pierre pour son chevet. Saint Antoine et saint Tillon Paul, qui fut moine en France, couchaient sur la terre nue. Le bienheureux Henri Suso se mettait sur une croix armée de clous très pointus.
Et nous serions si lâches que nous ne voudrions pas prendre la peine de nous tenir debout ou à genoux, ou dans une posture un peu incommode pour nous empêcher de dormir lorsque Dieu nous parle, qu'il nous console et nous communique ses secrets ! Nous ne traiterions pas de la sorte un paysan ou un laquais.
Si l'artifice ne sert de rien, recourons à la prière. Invoquons le Patron de l'église, ou le Saint dont on fait la fête, ou celui qui nous est donné pour tout le mois, ou quelque autre ; demandons qu'il nous maintienne en état, pendant que Dieu nous parle. Saint Godefroi réveilla un religieux pour aller aux prières. Tous les Saints aiment la vigilance dans les choses sacrées.
Prions aussi notre Ange gardien, les titulaires de l'église et des autels, le gardien du prédicateur et des auditeurs, et tous ceux qui sont actuellement devant le Saint Sacrement. Ils ne dorment jamais, et ils invitent volontiers les serviteurs de Dieu aux veilles et aux exercices de piété, comme le fit paraître celui qui excitait du sommeil saint Raymond pour vaquer à la prière.
Que si tous ces remèdes ne sont point suffisants pour frapper fortement votre imagination, condamnez-vous à une sanglante discipline, toutes les fois que le sommeil
vous dérobera par votre faute une partie du doux, de l'utile et de l'honorable entretien que vous aviez avec votre souverain Seigneur.
Après tous ces soins, si ce rude et impitoyable créancier exige encore de vous cette dette naturelle, dormez un peu dans votre cellule avant le temps du sermon; ou priez celui qui sera auprès de vous de vous éveiller après un repos de l'intervalle d'un Miserere, afin qu'ayant la tête libre, votre esprit puisse recevoir la manne qui lui vient du Ciel, sans être incommodé des fumées qui vous embrouillaient et vous obscurcissaient.
Surtout, prenez le repas qui précède la prédication avec une particulière sobriété, afin que votre estomac ne fasse point une si rude guerre à votre tête.
IV. Pour faire un profit solide et qui soit de durée, faites quatre choses après la prédication.
i . Elevez incontinent votre cœur à Dieu, offrez-lui cette divine semence qu'il vient de recevoir; et priez-le de lui donner sa sainte bénédiction, afin qu'elle prenne racine et porte du fruit en son temps.
Plusieurs sont semblables aux terres qui reçoivent beaucoup de semence, mais qui se la laissent enlever par les oiseaux, ou brûler par la chaleur du soleil, ou étouffer par les épines. Ainsi toute la culture du laboureur est inutile, et le grain est entièrement perdu. Que sert à une femme de concevoir souvent si elle ne donne le jour qu'à des avortons ?
2. Faites un examen court et sérieux de ce qui a été dit à la prédication, et des bonnes résolutions que vous y avez prises. Arrêtez-vous à une, ou à deux pour le plus ; autrement, par le désir de trop faire, vous perdrez tous vos bons desseins. Un esprit accablé secoue bientôt le joug qui l'oppresse. Retenez aussi quelque pensée ou quelque sentence frappante, ou quelque histoire remarquable pour vous en servir.