LIVRE SECOND. CHAPITRE XVII 3 I
cœur dans les créatures, mais retirez- vous dans votre cellule, ou en quelque lieu à l'écart. Demeurez-y dans un silence très religieux, si vous ne voulez pas perdre tout le fruit du sermon. Méditez souvent cette sentence : Beati qui audiunt verbum Dei, et custodiuni illud ; Bienheureux sont ceux qui entendent la parole de Dieu, et qui la gardent. Saint Chrysostome nous avertit que tous ceux qui sortent de la prédication, ne doivent respirer que la vertu, comme des gens tombés du ciel où ils ont ouï des merveilles.
4. Prenez la résolution de parler dans vos discours de ce que vous avez appris à la prédication. Sortez de l'église comme les Apôtres sortirent du Cénacle où ils avaient reçu le Saint-Esprit. Si vous êtes obligé de parler, ne parlez que de ce que Dieu vous y a enseigné. Votre ardeur fera peut-être plus d'impression sur les cœurs que n'en a fait le prédicateur. Un écho parle quelquefois plus haut et plus longtemps que celui qui lui a donné la voix.
Dans votre maison même, rapportez ce qui vous a le plus agréé, ou qui vous a le plus touché. Les parents qui vont à un festin, portent quelques dragées ou quelques macarons pour leurs enfants. Un voyageur qui s'est arrêté dans un pré rempli de fleurs odoriférantes et agréables à la vue, en rapporte un bouquet à ses amis.
Faisons la même charité particulièrement à ceux qui n'ont point assisté au sermon. Ne laissons pas d'en parler, mais plus modérément avec ceux qui ont été présents. Ils vous diront leurs pensées et leurs affections, et par ce moyen le feu du Saint-Esprit qui est tombé dans votre cœur, l'embrasera de plus en plus, et en fera un holocauste digne d'être présenté à la divine Majesté.