LIVRE SECOND. CHAPITRE XY11I 3 I
auront lu les Vies des Saints. On y trouve des faveurs plus admirables. Quelle merveille que les Anges, les Saints, la Vierge et le Sauveur même se montrent à des âmes d'élite, pour les caresser une demi-heure ou une heure, puisqu'ils doivent converser avec eux dans toute une éternité bienheureuse?
II. Nous devons donc prier et réciter notre office en tout lieu, avec l'espérance d'y plaire à la divine Majesté. L'église néanmoins est le lieu le plus convenable et le plus utile. C'est le palais où notre Sauveur fait sa résidence particulière, et où il a établi le trône de ses miséricordes et de ses libéralités. Il y donne audience à toute heure, et ne se trouve jamais importuné de nos visites.
Le temps le plus propre nous est cependant désigné par le son des cloches et par le concours des prêtres et du peuple, à certaines heures du jour où l'on fait oraison publique. Je trouve plusieurs motifs qui nous peuvent persuader la fréquentation des églises en ces temps-là où l'on dit la Messe, les Vêpres, ou quelque autre Heure canoniale. J'en rapporterai sept seulement.
i. Dieu donne alors le signal de miséricorde par le son des cloches. Quand il voulut donner sa loi et ses faveurs au peuple d'Israël sur la montagne de Sinaï, il fit sonner une trompette, afin d'exciter tous ceux qui étaient présents à une sainte révérence. Quand il voulut publier la loi de grâce et remplir ses Apôtres et le peuple chrétien de son Saint-Esprit et de ses dons les plus excellents, il fit entendre un son céleste, qui fut le signal de l'assemblée. Chacun y accourut, et trois mille y furent aussitôt convertis, et reçurent de singulières faveurs de cet Esprit de sainteté.
Aujourd'hui Dieu fait sonner les cloches des églises aux fêtes et aux offices les plus notables de chaque jour, pour inviter tous les chrétiens, et principalement tous les Religieux, à ses réjouissances et à ses libéralités. Concevons
3l6 LE SAINT TRAVAIL DES MAINS
donc à ce son sacré une espérance, une confiance et une allégresse nouvelles, qui nous disposent à une plus fervente et plus cordiale prière.
Un sage prince de Naples, comme j'ai lu dans l'histoire de ce royaume, était si bon justicier, et avait un tel soin que personne ne fût lésé dans ses droits par les plus puissants, qu'il avait mis une clochette à son palais, afin qu'on l'avertît du tort que l'on prétendait avoir reçu. Au moindre son de cette clochette, il accourait pour donner audience et pour faire justice. Il arriva un jour qu'un cavalier, qui avait un cheval cassé de vieillesse, qui l'avait servi très longtemps dans les armées et qui ne faisait plus rien au logis sinon d'y manger du foin et de l'avoine, résolut de lui donner la liberté pour qu'il allât chercher à vivre où il pourrait. Il ne voulait point le tuer, à cause des services qu'il en avait tirés, et il ne le voulait plus nourrir, s'en trouvant incommodé. Ce cheval, voyant l'ingratitude de son maître, s'en va par une spéciale permission de Dieu au palais, pour y demander justice. Il sonne la cloche ; le prince y accourt, et ne voyant que ce cheval qui sonnait cette cloche, il s'informe pour savoir à qui il appartenait. On appelle son maître, il raconte ingénument l'histoire, et est condamné à nourrir ce pauvre animal jusqu'à sa mort.
Si un homme a eu compassion d'une bête, qu'il n'appelait point et qu'il ne connaissait en aucune façon, que fera Dieu pour ses serviteurs, pour ses amis et pour ses enfants, qu'il appelle à son palais par les cloches, comme par ses hérauts ?
2. La multitude du peuple qui fréquente l'église nous doit servir d'un puissant aiguillon pour nous trouver volontiers aux Vêpres et aux autres offices, parce que dans un grand nombre de prières, les nôtres seront plus facilement acceptées, comme une pièce de fausse monnaie passe parmi plusieurs milliers d'écus.