‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 209 sur 308 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE PREMIER

saient : Promilto obedientiam in bono usque ad mortem; Je promets obéissance jusqu'à la mort, en choses bonnes et honnêtes.

La première leçon qui fut donnée à saint Jean Damascène aussitôt qu'il eut pris l'habit, fut de ne rien faire suivant sa propre volonté et son propre jugement. On l'envoyait même mal habillé au marché, pour y vendre des paniers, afin de l'accoutumer à obéir en toutes choses.

Saint Antoine brisait avec soin toutes les volontés de Paul le Simple, lui faisant faire des paniers autrement qu'il ne fallait, lui ordonnant de les défaire après qu'ils étaient bien faits, et lui commandant coup sur coup diverses choses contre ses inclinations. Par cette industrie, il en fît un saint en peu de temps, et un saint si excellent, qu'il chassait les démons que lui-même ne pouvait chasser. Et ce qui est important pour notre sujet, il les chassait en vertu de l'obéissance qui lui était signifiée de la part de son maître et de son Supérieur.

Saint Dorothée exerça très soigneusement frère Dosithée dans l'obéissance et dans l'abnégation de sa volonté et de son jugement. Et dans cinq ans il le- rendit si parfait, que l'on connut après sa mort que par cette vertu céleste il avait acquis une très grande gloire en Paradis.

Saint P'ulgence inculquait à ceux qu'il gouvernait que le véritable Religieux ne doit jamais ni vouloir ni ne pas vouloir ; mais avoir un sincère et un fervent désir de faire la volonté du Supérieur en tout et partout. Dans cette vue, il quitta son monastère et se cacha dans un autre, afin qu'en se dépouillant de la qualité d'abbé, il pût se sauver dans une haute perfection par l'obéissance.

Saint Benoît dit un mot qui me jette dans l'étonnement : Si prœcipit prœlatus impossibile, tentandum est facere ; Si le Supérieur commande des choses impossibles, il faut faire un effort pour les rendre possibles.

Saint Ignace regardait l'obéissance comme la prunelle de ses yeux et l'âme de notre Compagnie. « Souffrons,

nous dit-il, j'y consens, que les autres Religions nous surpassent en jeûnes, en veilles, et en d'autres sortes d'austérités, que chacune d'elles observe saintement selon ce qui est de sa vocation. Cependant, pour ce qui concerne l'intégrité et la perfection de l'obéissance accompagnée d'une vraie résignation de la volonté et d'une totale abnégation du propre jugement, je désire, mes frères bien-aimés, que ceux qui servent Dieu dans notre Compagnie, ne le cèdent à qui que ce soit ; et que cette vertu devienne comme la marque qui distingue ses vrais et légitimes enfants de ceux qui ne le sont pas, en sorte qu'ils ne considèrent pas la personne même à laquelle ils obéissent, mais qu'ils voient en elle Jésus-Christ Notre-Seigneur, pour l'amour duquel ils obéissent. »

De ces paroles je tire une conclusion infaillible : Que, comme saint François tenait pour des bâtards de son Ordre ceux qui par un mépris de la sainte pauvreté cherchaient des habits précieux, aussi saint Ignace appelle des bâtards et des enfants illégitimes de la Compagnie tous ceux qui, dans l'estime de leur propre jugement, ne se rendent pas flexibles à l'obéissance.

II. Pour arriver à l'éminence de cette vertu si élevée en soi et si estimée par tous les Saints, remarquez qu'elle a trois degrés : l'exécution extérieure de ce qui est ordonné ; — la conformité de sa volonté avec celle du Supérieur; — la conformité de son jugement avec celui du même Supérieur.

i. Le premier degré consiste à faire entièrement et parfaitement ce qui est ordonné, sans avoir égard ni à la difficulté, ni à la contrariété que ressent notre appétit sensitif. Saint Bernard nous donne une excellente leçon sur ce sujet : L'obéissant, dit-il, ne diffère jamais l'exécution du commandement qui lui est donné. Il ne remet rien au lendemain. Il chasse la paresse. Il prévient le Supérieur. Il prépare ses yeux pour voir, ses oreilles pour ouïr, sa langue pour parler, ses mains pour travailler, ses pieds pour marcher. Il rassemble toutes ses forces pour apprendre

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