‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 210 sur 308 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE PREMIER

et pour exécuter la volonté de celui qui lui commande .

Trois motifs nous peuvent servir d'aiguillon à cet exercice. Premièrement, la considération de nos péchés et de notre bassesse, qui nous persuade .que nous sommes les moindres de notre monastère, et ceux sur lesquels on se doit décharger des plus pesants fardeaux et qu'on a plus le droit de rebuter. Le bienheureux Félix, frère laïque capuc cin, se persuada, dès le commencement de son entrée dans ce saint Ordre, qu'il n'était pas, religieux, mais le portefaix des religieux, ayant pour office de soulager les autres en tout ce qu'il y aurait de plus vil et de plus laborieux. Nestéron, grand serviteur de Dieu parmi les anciens moines du désert, dès le premier jour qu'il mit le pied dans son cloître, prit la résolution de se regarder comme une bête de charge, qui ne mérite que des coups de bâtons et un peu de chardons et de paille. Ego, se dit-il à lui-même, et asinus, idem sumus ; Je ne suis qu'un pauvre âne, et je désire qu'on me traite comme un âne.

Deuxièmement. Mettons-nous aussi sous les yeux les exemples des Saints qui se sont prescrit une merveilleuse exactitude à faire ce qui leur était commandé, et à éviter ce qui leur était défendu. Frère François de l'Enfant-Jésus, Carme déchaussé, avait coutume de se dire au sortir de la maison : Mon frère, ne faisons point un seul pas qui soit contraire à l'obéissance.

Si la difficulté du commandement vous étonne, considérez que les anciens Religieux cherchaient avec soin des Supérieurs fâcheux et difficiles, afin d'avoir un plus grand mérite, par un continuel emploi à des exercices laborieux, qui contrariassent leur inclination naturelle.

Troisièmement. Enfin songeons que le monde, la chair et le démon commandent à leurs serviteurs des choses incomparablement plus pénibles que ne sont toutes les fonctions religieuses, et qu'ils sont obéis avec une prodigieuse ponctualité. Pourquoi Dieu ne le serait-il pas? Pourquoi ferions-nous les empêchés dans ses commandements?

Le centurion disait à Notre-Seigneur : « Je ne suis qu'un homme qui commande à peu de soldats. Je dis à l'un : Allez en un tel lieu, et il y va. Je commande à l'autre de venir me trouver, et il y vole à l'instant. » Brasidas, capitaine grec, disait à ses soldats qu'ils n'avaient que trois choses à faire : Vouloir ce qu'on leur commande; respecter leur capitaine; obéir à ses ordres.

Cette pensée se peut fortifier par la considération de ce ° que le monde se fait obéir avec une verge de fer, et punit dans d'extrêmes rigueurs tous ceux qui violent ses lois. Le maréchal de Brissac fit condamner à mort un soldat qui en Italie était monté tout seul à la brèche, quoique sa hardiesse et sa vaillance eussent été cause de la prise d'une ville assez importante. Après que la sentence fut portée, il lui pardonna, y étant comme forcé par une agréable violence de toute l'armée; mais il usa de cette prudente sévérité, pour montrer que l'obéissance doit régler et diriger une armée qui souvent se perdrait si chacun était maître d'agir à sa guise.

Manlius, général de l'armée romaine, fut plus inflexible. Il fit couper la tête à son propre fils, parce qu'il avait combattu contre son commandement. La victoire qu'il avait remportée et les clameurs des soldats ne purent jamais émouvoir le cœur de ce consul.

Les Japonais aiment tant l'obéissance, même domestique, qu'ils donnent aux pères de famille la puissance de vie et de mort sur leurs enfants et sur leurs serviteurs. Et cet empire est si absolu que, si les parents ou les maîtres font mourir ceux-ci pour quelque désobéissance, ils n'en sont nullement poursuivis.

Ces exemples, dites-vous, sont trop éloignés de notre vue. Regardez les chevaliers de Malte, qui sont religieux. Ils s'obligent à obéir jusqu'à la mort. Et le grand maître de la Valette leur fit mettre en pratique cette rigoureuse dévotion au château Saint-Elme, dans l'île de Malte, lorsqu'il fut attaqué par l'armée des Turcs du temps de Soli-

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