‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 21 sur 308 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LES SAINTS ONT EU EN GRANDE ESTIME L'ÉTAT DES RELIGIEUX OCCUPÉS AUX OFFICES DE MARTHE.

I. Nous devons suivre le jugement des Saints. — II. Les Saints fuient les honneurs. — III. Les Saints ont aimé et embrassé l'état des Convers. — IV. Conclusion.

uand on veut savoir l'excellence d'un tableau, ion s'adresse à un Apelles. Si l'on doute de la bonté d'une attitude et des proportions d'une statue, on suit le jugement de Phidias et de Polyclète. Si l'on veut trouver le prix d'un diamant, on se transporte chez quelque excellent joaillier, et non pas chez un paysan qui n'en a jamais vu, et qui serait ébloui à son premier T. I. i

éclat dans l'ignorance de sa valeur : comme ce Suisse, qui après la bataille de Granson, donna le gros diamant de Charles, duc de Bourgogne, une des plus riches pierres précieuses de l'Europe, pour un florin qui valait vingt sous de France.

Le même se doit pratiquer en matière de vertu. Les hommes aveuglés par leurs passions n'en sont ni bons juges, ni bons conseillers ; mais les Saints sont pour nous les oracles de la Divinité. Ils sont sans cesse dans les rayons du ciel, par la splendeur desquels ils pénètrent jusqu'au plus profond de la moelle, sans s'amuser à la vue de l'écorce et de l'apparence extérieure. Ils ne pèsent point les actions du serviteur de Dieu dans la balance du siècle, mais au poids du sanctuaire.

1 1 . Cette vérité doit remplir de joie les religieux, qu'une véritable humilité cache dans les offices qui sont méprisés par la nature corrompue, sans qu'ils aspirent aux ordres sacrés, aux dignités, aux chaires et aux autres ministères qui surprennent les yeux et les cœurs des hommes. Ces brillants ne sont pour l'ordinaire que des feux follets qui conduisent au précipice, et qui sont sagement négligés par les âmes élevées et célestes. Nous en avons de très illustres exemples dans l'histoire ecclésiastique.

Saint Ambroise fit des efforts jusqu'à l'excès, afin de ne pas être consacré évêque de Milan. — Saint Vulfran, évêque de Sens, saint Remacle, évêque de Tongres, et plusieurs autres, abandonnèrent leurs évêchés pour se sauver dans un cloître. — Saint Dié, évêque de Nevers, quitta son palais et sa mitre pour s'enfoncer dans les vastes forêts et les âpres rochers des montagnes des Vosges, et pour y vivre à Dieu et aux anges. — Saint Pierre, évêque de Tarentaise, s'enfuit dans un monastère, et n'en put être retiré sans une extrême violence. — Saint Hidulphe, évêque de Trêves, renonça à son éminente dignité, se renferma dans un ermitage, et y tira sa nourriture du travail de ses mains jusqu'à son trépas. — Le Ciel approuva, par un admirable

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