LIVRE PREMIER. SECTION PREMIERE
prodige, cette humilité dans saint Macaire; ce saint patriarche d'Antioche,dans la vue de la vanité des honneurs, descendit de son trône et se voila sous l'habit d'un pauvre religieux. On court après lui, on le saisit, on l'invite au retour, on le presse et on le contraint par force : mais le Ciel vint à son secours, et ceux qui avaient mis la main sur lui devinrent aveugles. Ce miracle le laissa jouir de son Dieu, dans une pleine et entière liberté.
Ces âmes, déprises des vains désirs de la terre, considéraient qu'être saint et être caché, c'est presque la même chose dans la vie spirituelle. C'est pourquoi, où nous lisons dans la Vulgate : Ils ont eu de mauvais desseins contre vos Saitits, nous avons dans le texte hébraïque : Ils se sont conseillés contre ceux que vous ave% cachés, ou bien, contre ceux qui se sont cachés pour votre amour et votre service.
Les Saints sont semblables à ces silènes des anciens, qui au dehors semblaient de petite valeur et peu agréables à la vue, mais qui recelaient au dedans quelque divinité excellemment dépeinte, ou gravée avec un rare artifice.
III. Avançons et voyons en particulier l'estime que ces grands séraphins ont faite de la vie d'un pauvre frère convers, retiré des yeux des hommes dans les exercices d'une cuisine, d'une cordonnerie, d'une infirmerie, et d'autres semblables offices. Les annales de toutes les Religions nous en fourniront des preuves qui ont attiré les yeux du ciel et de la terre à leur admiration.
Nous verrons saint Bandarin, évêque de Soissons, saint Paulin, évêque de Noie, saint Maurille, évêque d'Angers, dans des jardins sous l'habit de pauvres serviteurs, lorsque nous traiterons du jardinier religieux.
Saint Antoine de Padoue était si excellent dans la connaissance de l'Ecriture sainte et de la théologie, qu'il fut le premier professeur en théologie dans l'Ordre de Saint- François, et fut appelé par le pape Grégoire IX l'Arche du Testament. Il mit sous les pieds tout le lustre de sa science,
et s'efforça de vivre inconnu aux hommes, dans la profession et dans les offices d'un simple frère laïque. Il versa des ruisseaux entiers de larmes à sa découverte, et encore plus à sa contrainte du changement de condition. Son humilité avait obtenu du gardien, comme une faveur très spéciale, de laver et de nettoyer chaque jour les pots de la cuisine, et de balayer les chambres des prêtres. Cette grâce lui ayant été accordée, il s'y portait avec une telle chaleur, que les flammes en rejaillissaient sur tous ceux qui le regardaient.
Saint Bonaventure, grand docteur et grand saint, était si affectionné aux plus vils exercices de la cuisine, qu'on avait peine à l'en arracher, tantil y sentait d'attraits célestes et de douceurs du paradis. Il jugeait avec sagesse que sa science serait d'autant plus séraphique, qu'il s'approfondirait davantage dans une totale humilité.
Didier de la Cour, très digne réformateur de l'Ordre de Saint-Benoît, et très remarquable pour son insigne dévotion, ses mortifications et son humilité, avait prié qu'on le reçût en qualité de frère convers, s'estimant indigne de la prêtrise. Mais Dieu voulut mettre une si éclatante lumière sur le chandelier, et montrer sa splendeur, depuis son abbaye de Saint- Vannes à Verdun (où il commença la réforme), jusqu'au bout de la France, de la Flandre, de l'Allemagne et d'autres provinces. Nous verrons presque en tous les Ordres de Religion, divers exemples semblables dans la suite de ce traité ; j'en mettrai ici de notre Compagnie.
Le bienheureux Rodolphe Aquaviva, fils du ducd'Atrie, grand serviteur de Dieu et glorieux martyr de Jésus- Christ, dès son entrée au noviciat, résolut d'exercer principalement trois vertus, savoir, l'obéissance, l'humilité et la charité. Il était si humble, qu'il semblait être né dans le sein de l'humilité même et allaité de son lait; non pas au milieu de la soie, de l'écarlate, de la noblesse et de la principauté, tant il avait mis bas l'orgueil des vaines gran-