‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 213 sur 308 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE PREMIER

avec ponctualité ce que j'ordonne. Il savait bien qu'il n'est rien de plus difficile à des âmes célestes, que de se priver des austérités qu'elles s'imaginent propres à les unir davantage à leur Créateur. Mais il savait aussi qu'il n'est rien de plus parfait que de s'humilier sous la volonté d'autrui, et de se soumettre à Dieu en la personne de ceux qui ont puissance de commander dans leurs offices.

5° Vous ne perdrez rien des douceurs et des consolations du Ciel, quand vous quitterez Dieu à votre oratoire pour le chercher dans l'action qui vous est ordonnée par votre Gardien. Toutes les Religions nous en offrent des preuves certaines. Arrêtons-nous à celle de Saint-François. Notre-Seigneur apparut une fois au bienheureux André de Bourgogne, qui se faisait remarquer par sa dévotion. Comme il s'entretenait avec lui sous la figure d'un très bel enfant, l'heure des Vêpres sonna. Il douta s'il devait aller à l'office ou demeurer avec son Sauveur, qui le caressait si tendrement. Il se résolut néanmoins à obéir, et prit congé le plus honnêtement qu'il put. Ce Dieu d'amour et de bonté l'attendit et le loua de son obéissance ; et comme cet humble religieux le remerciait d'avoir daigné attendre une si vile et si indigne créature, il l'assura qu'il l'avait fait en récompense de sa ponctualité à l'observance de sa Règle, et que s'il n'eût obéi, il se fût retiré de lui à l'instant.

6° Non seulement vous ne perdrez rien des caresses et des faveurs de Dieu, si vous quittez vos dévotions pour être exact dans l'obéissance ; mais vous les augmenterez à vue d'œil. Louis de Blois et Thaulère rapportent qu'une sainte vierge ayant désiré voir Notre-Seigneur, il lui apparut sous la forme d'un petit enfant. En même temps, on l'appela pour vaquer à quelque exercice de l'obéissance. Elle, sans aucun retard, se tourne vers son Bien- Aimé, et lui dit : 0 mon très doux Jésus! je m'en vais pour faire l'obéissance, obligez-moi de m'attendre, jusqu'à ce que l'on me permette de vous venir revoir. Ayant

dit ce peu de mots, elle court vers le lieu où on l'appelait, avec un cœur et un visage joyeux. Ce qui lui était commandé étant exécuté entièrement et parfaitement, elle revoie en sa cellule. A peine arrivée elle fut toute surprise à cause qu'une lumière la remplissait, lumière si éclatante, qu'elle avait peine en entrant à la supporter. Elle fut encore plus ravie de voir cet aimable Sauveur qui ne paraissait plus être un enfant, mais un jeune homme à la fleur de l'âge. Le désir de profiter en cette vue l'excita à demander la cause de ce changement. Notre-Seigneur repartit : O ma très chère fille ! ta prompte obéissance m'a donné cette grandeur. Obéis donc toujours volontiers, si tu désires me plaire et t 'unir parfaitement à moi.

7° Ces raisons et d'autres faits de ce genre ont touché de telle sorte le cœur des Saints, qu'ils n'ont jamais fait aucune difficulté de laisser toutes leurs dévotions, pour s'attacher fortement et inviolablement à la volonté et aux ordonnances de leurs Supérieurs. Les frères convers ont excellé en cette exactitude, et par ce moyen se sont élevés à une très haute perfection.

Saint Félix de Cantalice, de l'Ordre des Capucins, ne faisait jamais ni discipline, ni jeûne, ni oraison au delà de l'ordinaire, qu'il n'en eût demandé et obtenu la licence ; et aussitôt qu'on lui commandait de les quitter, il le faisait sans nulle réplique. Il avait coutume de jeûner toutes les semaines trois fois au pain et à l'eau. Le Gardien, pour faire une épreuve de son obéissance, lui ordonna de vivre comme les autres. Au premier repas, il mangea tout ce qu'on présenta, et le fit avec autant de joie que s'il avait eu la permission de jeûner. Le Gardien, à la vue de son obéissance, lui rendit la liberté de jeûner autant qu'il le désirerait.

Frère François de l'Enfant-Jésus, convers de l'Ordre des Carmes, avait une si grande inclination d'aider les pauvres, qu'il n'avait nulle dévotion plus tendre ni plus sensible que de les nourrir et de demander l'aumône pour

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