‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 214 sur 308 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE PREMIER

eux. Si on lui défendait cette quête, il ne répliquait pas un mot, et se contentait d'obéir. Les pauvres le suivaient par les rues et le pressaient de les aider. Mais bien que ce lui fût une rude mortification, il demeurait au milieu d'eux comme un rocher inébranlable, sans se laisser fléchir ni par leurs prières ni par leurs crieries et leurs injures.

La bienheureuse Marie de l'Incarnation, sœur converse Carmélite, était fort unie à Dieu. Elle avait des extases et des ravissements, ainsi qu'une passion extrême pour l'oraison, où elle recevait beaucoup de faveurs de son Époux céleste. Tout aussitôt néanmoins que la Mère Prieure lui ordonnait d'abréger ses oraisons, de se retirer de l'église, de n'être point si longtemps à genoux, elle obéissait et se retirait dans sa chambre ou dans son office, comme si Dieu même le lui eût commandé. Aussi appelait-elle la Mère Prieure son Jésus-Christ sur la terre. Imitons ces Saints dans la joie de leur obéissance, si nous voulons arriver à la grandeur de leurs mérites et de leurs récompenses.

3. Le troisième et le plus excellent degré d'obéissance est l'obéissance de l'entendement, lorsque le religieux fait ce qui lui est ordonné, non seulement avec allégresse et soumission de sa volonté, mais aussi avec une totale conformité de son jugement, dans une ferme persuasion que le commandement est juste et raisonnable.

Le véritable obéissant doit faire un effort pour arriver à cette perfection, soit qu'il arrête les yeux sur luimême, ou qu'il les porte sur son Supérieur et sur son monastère.

Premièrement, si l'obéissant s'arrête à lui-même et à son profit, ilest évident qu'il doit s'efforcer de conformer son jugement aux ordonnances de ceux qui le gouvernent. Car, comme l'enseigne saint Ignace, il est impossible que là où l'obéissance de l'entendement et du jugement manque, celle de la volonté et de l'exécution y puisse être

telle qu'il convient, parce que les puissances appétitives de l'àme suivent naturellement les appréhensives. Ainsi ce sera une chose contrainte et forcée d'obéir longtemps avec la volonté contre son jugement. Et bien que l'on obéisse quelque temps, sur cette maxime générale, qu'il faut obéir pour les choses mêmes qui ne sont pas bien commandées, néanmoins on ne persévérera pas ; et ainsi se perd la persévérance. Et encore qu'elle demeure, au moins se perdra la perfection de l'obéissance, laquelle consiste à obéir avec joie et avec allégresse. Car quiconque obéit contre son jugement, ne peut obéir avec plaisir et avec amour tant que cette contradiction dure.

La promptitude et la facilité se perdent aussi quand on doute s'il est expédient ou non de faire ce qu'on commande.

De même se perd cette simplicité si célèbre de l'obéissance aveugle, quand nous mettons en doute si ce qu'on ordonne est bien ou mal fait, et que nous condamnons peut-être le Supérieur, parce qu'il commande ce qui ne nous plaît pas beaucoup.

L'humilité se perd ; car, si d'un côté nous exécutons ce qui nous est ordonné, de l'autre nous nous préférons au Supérieur, en jugeant qu'il eut mieux valu qu'il n'ordonnât point.

Dans les choses difficiles et laborieuses la force et la constance, et pour dire tout en un mot, toutes les perfections de cette vertu se perdent. Et si la personne n'y assujettit son entendement, elle se trouve en peine, mécontente, tardive, paresseuse et endormie. Elle se laisse aller à des murmures, à des excuses et à plusieurs imperfections, qui anéantissent la valeur et le mérite de l'obéissance. C'est le sentiment de saint Ignace, qui disait souvent que ceux qui n'obéissent que de la volonté, et qui n'y ajoutent point la conformité de leur jugement, n'ont qu'un pied en Religion.

Deuxièmement, si vous jetez votre vue sur le Supérieur,

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