‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 215 sur 308 · LIVRE TROISIEME. CHAPITRE PREMIER 33y · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME. CHAPITRE PREMIER 33y

etsurl'autoritéqucDieu lui adonnée en le constituant chet de toute votre Communauté, vous conclurez sans hésiter qu'il est juste que les membres suivent le jugement et le mouvement de la tête. Quel dérèglement serait-ce dans le corps humain, si le pied ou la main voulait donner la loi à la tête, en laquelle tous les sens sont dans leur vigueur, et qui a une influence universelle sur toutes les parties?

Saint Jérôme, sur cette pensée et sur de pareils raisonnements, donnait un axiome général à tous les Religieux : Ne jugez jamais les ordonnances de vos Supérieurs.

Et saint Basile écrit que les Supérieurs sont les causes principales de l'action, et que l'inférieur n'en est que l'instrument, qui se doit laisser conduire sans résistance. «Nous devons, dit-il, être dans leur main comme un instrument dans la main de l'ouvrier, qui s'en sert en tout selon son bon plaisir. Cet instrument n'a point d'autre mouvement que celui que l'ouvrier lui donne. S'il l'occupe, il est dans le travail ; s'il le laisse, il est dans le repos, et ne se remue point du tout. »

Troisièmement, la communauté et tout votre monastère iront sans comparaison mieux, si tous ceux qui obéissent soumettent leur jugement au jugement du Supérieur ; et au contraire, le désordre et le tumulte renverseront toute l'économie et le bonheur, si chacun se veut gouverner selon sa fantaisie.

Si dans une armée chaque soldat ou chaque capitaine particulier voulait que le général de toutes les troupes suivît sa pensée, qui n'en déplorerait le trouble, la confusion et la déroute totale ? L'un ordonnerait le siè^e d'une ville, l'autre voudrait une bataille. Celui-ci désignerait le camp sur une montagne, celui-là choisirait la vallée ou le bois prochain. Si l'on suit la volonté de l'un, l'autre se révoltera et criera qu'on lui fait tort.

Il faut une âme universelle qui anime tout ce corps, et qui le remue et l'exerce selon ses pensées et ses connaissances. Le Supérieur a l'œil au bien commun. Il a des T I.

vues plus étendues. Il est plus éclairé de Dieu, qui lui a donné par office la direction des autres.

Le moyen d'arriver en perfection à cette obéissance du jugement, est de nous efforcer de mourir à nous-mêmes et à nos intérêts. Tant que notre amour-propre et notre orgueil tiendront leurs passions en vie et en vigueur, jamais notre esprit n'aura une soumission absolue aux ordres de nos Recteurs.

Pour cette raison, saint Ignace, notre fondateur, enseigne, dans la sixième partie de ses Constitutions, que tous ceux qui vivent sous l'obéissance se doivent laisser conduire et gouverner par leurs Supérieurs, comme s'ils étaient un corps mort, qui se laisse porter et manier comme l'on veut.

Quelqu'un demandant un jour à saint François à quoi on reconnaît le véritable obéissant, il se servit de cette même comparaison d'un corps mort. « Ce corps, dit-il, né résiste point quand vous le remuez. Il reste immobile à la place que vous lui donnez. Il ne se lamente nullement si vous le rejetez. Si vous le mettez dans une chaire, il n'élève point les yeux en haut ; mais il baisse la tête vers la terre. Si vous l'habillez de pourpre, il paraît plus pâle et plus défait. Voilà comme doit être le véritable obéissant. Si vous le changez de place, il ne vous condamne pas. Il ne se soucie nullement en quelque lieu que vous le mettiez, et ne vous fait point d'instance pour changer de lieu. Etant élevé en haut, il retient son humilité accoutumée. Plus il est honoré, plus il se répute indigne. »

Cet homme de zèle et de ferveur enseigna un jour pratiquement cette doctrine à un frère désobéissant. Il l'appelle, le fait dépouiller de ses habits, le jette dans une fosse profonde, et le couvre déterre comme un mort. Lorsqu'il fut couvert jusqu'au menton, le Saint lui dit : Eh bien, mon frère, étes-vous maintenant mort ? Le pauvre frère, plus mort que vif, réplique : Hélas! oui, mon Révérend Père, au moins mon péché méritait la mort. Ce bon Père, plein

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