‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 217 sur 308 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE PREMIER 34I · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE PREMIER 34I

•lui demande pour quel motif il s'était absenté du réfectoire. Parce que, dit-il, Votre Révérence m'a défendu de manger. Le Recteur, bien édifié de son obéissance, lui commanda de prendre son repas.

Saint Alphonse Rodriguez ne fut pas moins exact à l'obéissance et de volonté et de jugement. Considérons un peu ses principes et ses pensées sur ce sujet. Il avait coutume de dire que cette obéissance est un sentier abrégé pour arriver à la perfection religieuse, parce qu'avec elle seule on ôte tous les empêchements qui se présentent. Il appelait l'obéissance aveugle, la conservatrice de la discipline religieuse. Il disait que, si tous les Religieux d'un Ordre obéissaient avec cette perfection, elle ferait d'eux autant de grands Saints ; que le véritable obéissant est un idéal de la parfaite sainteté, un aiguillon de vertu à tous -ceux d'un monastère et à tous ceux du dehors ; que celui qui néglige d'obéir nuit aux autres et à lui-même, fait beaucoup de peine à ses Supérieurs, et devient une charge inutile à la Religion.

Ce qu'il enseignait aux autres, il le, pratiquait le premier.Car en tout le reste étant fort sage, de bon jugement, -et fort versé depuis plusieurs années dans la doctrine du -ciel, au seul nom de l'obéissance, il était comme un enfant n'examinant rien, ne disant mot. Tout lui était facile et bienséant. Il prenait au pied de la lettre tout ce qu'on lui ordonnait. Mettons-en quelques exemples.

Un soir, comme son Recteur lisait certaines lettres en récréation, la fin sonna. Aussitôt Alphonse se retire. Le Recteur l'arrête, et lui dit de ne pas sortir. Les lettres étant lues, chacun retourne à sa chambre. Alphonse seul demeura au même lieu toute la nuit, et y fût demeuré plus longtemps, si le Supérieur, étant averti le matin qu'il n'était pas dans sa chambre, ne lui eût ordonné de s'y retirer.

Une autre fois, un vertueux prêtre séculier vint demander ce bon frère pour lui parler. Le Recteur lui dit: Alle^-y, et après lui avoir dit deux mots, retirez-vous. Il

descend, et ayant dit à ce prêtre Deo grattas, lui rit la révérence et s'en retourna dans sa chambre. Mais l'intention du commandement lui ayant été expliquée, il alla de nouveau trouver cet honnête ecclésiastique, et l'entretint quelque temps.

Pendant qu'il habitait l'île de Majorque, on lui demanda ce qu'il ferait si on lui ordonnait de porter des lettres au Provincial alors en terre ferme, et qu'il n'y eût au port aucun navire prêt à faire voile. Il répondit que ce cas s'était souvent présenté à sa pensée, et que s'il arrivait, il était résolu de marcher sur l'eau de la mer, parce que Dieu pouvait sans aucune difficulté se servir de cet élément pour le soutenir et pour le transporter au lieu où il devait se rendre. Que si néanmoins le Seigneur ne voulait point faire un miracle, il s'avancerait dans l'eau jusqu'à ce qu'elle lui arrivât à la bouche et qu'alors il se retirerait, le reste n'étant point dans son pouvoir.

Il se fit durant une nuit une conférence touchant la vertu d'obéissance, dans la chambre du père Recteur. Frère Alphonse, fort avancé en âge, y assista avec les novices et avec nos frères écoliers. Ce bon vieillard étant interrogé, il déclara son sentiment dans sa candeur et sa simplicité ordinaires. Le Recteur dit alors : Voilà une bonne spéculation, mais allo?is à la pratique. Que frère Alphonse s'en aille aux Indes, je le lui commande. Il se lève à l'instant avec un visage joyeux, fait la révérence, sort de la chambre avec sa robe, et se présente à la porte du collège. Le portier, qui avait été prévenu, lui demanda où il allait. Aux Indes, réplique Alphonse. — Où so?it vos patentes ? dit le portier, je n'ouvre point la porte si vous ne les montre^. Le Serviteur de Dieu retourne au Recteur, lui demande des patentes avec tant de candeur et de bonté qu'il l'étonna. Et que pensez-vous faire ? lui dit-il. — M' embarquer sur le premier vaisseau et passer à terre ferme, dit Alphonse ; de là je me rendrai à Séville, et de Séville aux Indes. — Sans viatique? dit le Recteur. Le bon frère repartit en souriant :

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