LIVRE PREMIER. SECTION PREMIERE D
deurs du monde. Il désira avec ardeur, et pressa avec instance d'être reçu au nombre des frères, qui, n'étant pas prêtres, s'occupent aux plus vils ministères des collèges. Ne l'ayant pu obtenir, il ne laissa jamais de se mettre au plus bas lieu qu'il put et de se tenir le moindre de tous, exerçant les plus rebutants et les plus méprisables offices, avec tant de soin, de dextérité et d'allégresse, qu'à le voir on eût pu croire qu'il n'avait jamais pratiqué d'autres exercices.
Gaspard Barzée, homme vraiment apostolique, miraculeux et infatigable dans les Indes, disait qu'il était venu à la Compagnie, non dans un désir d'y être servi, mais dans le dessein d'y servir tous les autres. Par conséquent qu'il s'y adonnait de cœur, afin qu'on le fît coadjuteur temporel ; soit dans la maison, à la cuisine et aux plus méprisables -occupations ; soit au dehors, à porter par terre et par mer des lettres et des commandements parmi les Turcs, parmi les païens et parmi les hérétiques; soit dans les hôpitaux, au service des lépreux, des pestiférés ou des autres malades ; soit en traversant les Indes, l'Ethiopie, les autres royaumes et les provinces barbares, dans la faim et la soif, dans le froid et le chaud, dans la nudité, les pluies et les neiges; soit enfin, pour suivre l'Agneau en tout lieu où l'obéissance lui commanderait d'aller, protestant qu'il s'armerait contre toutes les difficultés par la pensée et le souvenir de son Sauveur crucifié.
Jean de Brebceuf, apôtre des Hurons, dans l'Amérique, et valeureux martyr, brûlé par les Iroquois avec des flambeaux et des haches ardentes et tourmenté de divers supplices, ne montra aucun signe d'impatience. Il eut durant toute sa vie de remarquables illustrations du Ciel et des vertus tout à fait héroïques. Ce grand Serviteur de Dieu avait désiré et demandé d'être simple coadjuteur temporel dans la Compagnie.
André Oviedo, patriarche d'Ethiopie, très illustre par ses vertus et par ses miracles, avait une si haute opinion
de sa vocation dans la même Religion, que dans la croyance qu'il n'était pas digne d'y faire les fonctions des prêtres, il fît vœu d'y servir en qualité de portier, de cuisinier, ou de tel autre office qu'il semblerait bon au Supérieur. Il jugeait qu'on lui ferait une grande grâce, s'il y pouvait rendre service, de quelque manière que ce pût être.
Au siècle de saint Antoine, et aux suivants, plusieurs Saints se retiraient dans l'Egypte, pour y ensevelir toutes leurs grandeurs, et pour y acquérir la perfection par le travail des mains, et par l'humilité du service dans la solitude et dans les monastères.
Saint Just, évêque de Lyon, quitta le séjour agréable de la France, et méprisa tous les honneurs que sa dignité lui présentait tous les jours. Il s'enfuit en Egypte, pour se sanctifier dans les déserts. Il y vécut longtemps inconnu dans une totale soumission et dans un service journalier à tous les religieux.
Si l'humilité aux offices domestiques de la Religion a trouvé une si haute estime dans l'esprit des docteurs, des réformateurs d'Ordres, des apôtres, des évêques, des patriarches et de tous les Saints, qui s'étonnera que des religieux aient aimé, désiré et cherché ces abaissements si salutaires?
Sainte Colette, qui a réformé l'Ordre de Sainte-Claire, savait par révélation divine que Dieu l'avait choisie pour cette importante réforme. Elle prit cependant la résolution d'aller trouver le Pape, afin d'obtenir de lui la permission de servir les religieuses qui se réformeraient, et Celles qui étaient déjà réformées. Mais Sa Sainteté lui donna un bref, par lequel il la nommait et la constituait mère et abbesse de toute cette réforme. Elle ne laissa pas néanmoins de s'appeler toute sa vie la servante de tout l'Ordre.
IV. Concluons donc, et disons qu'il y a quelque trésor céleste enfermé dans ces offices bas et ravalés aux yeux et à l'estime des hommes du siècle, qui se laissent emporter au brillant des vanités de la terre.