‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 226 sur 308 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE II 35y · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE II 35y

Jetez-vous entre les bras de Dieu. 11 vous a appelés par sa miséricorde à la Religion. Il vous donnera les forces de lui garder avec fidélité et avec joie, ce que vous lui avez promis avec amour et avec ferveur.

Voudriez-vous persuader le changement de l'Institut à cause de votre tiédeur, ou auriez-vous bien si peu de cœur que de vouloir y jeter le relâchement et le désordre? Charondas, législateur des Thuriens, avait ordonné que quiconque voudrait changer une de ses lois reçues et approuvées par la république, se mît une corde au cou, et que dans cette posture il dît ses raisons en public. Si elles étaienttrouvées convaincantes, il ordonnait le changement de sa loi ; sinon il ordonnait que ce brouillon fût pendu et étranglé par la même corde qu'il portait. Jamais il ne se trouva que trois personnes qui voulussent faire cette épreuve, et subir ce hasard.

C'est se moquer de Dieu, que de vouloir pour notre fantaisie, ou pour notre immortification, changer, altérer ou renverser les lois et les ordonnances qu'il a données après tant de prières, tant de jeûnes et tant de pénitences, à de si saints personnages, qui ont fondé ou réformé les Religions. Et Dieu a montré sa colère contre ces ■réfractai res.

Du temps de saint François, quelques Religieux moins fervents, entre lesquels était frère Elie, Général de l'Ordre, dirent tout haut que l'austérité de la Règle était insupportable à la faiblesse humaine, et qu'elle avait besoin de modération, afin qu'on pût la supporter avec l'allégresse nécessaire et la rendre de plus longue durée. Saint François ne voulut point contester contre des opiniâtres. Il les mena à l'oracle pour en apprendre la résolution. Il monta avec eux sur la même montagne où il avait reçu sa Règle. Après qu'ils eurent fait leur prière, ils entendirent tous une voix du Ciel qui dit : François, il n'y a rien du tien dans laRègle. Elle est tout entière de moi, et Je veux qu'on la garde toute à la lettre, à la lettre, à la lettre. Je sais bien

ce que les forces de l'homme peuvent, et quelle grâce je veux lui donner. Ces pauvres Religieux, fort effrayés et fort confus, baissèrent la tête et les épaules, et s'en retournèrent chacun dans leurs cellules. Frère Ëlie,qui avait été le principal moteur de ce murmure et de ce tumulte, après avoir fait plusieurs équipées, sortit enfin de la Religion et devint apostat et schismatique.

Il n'est nullement expédient de faire le fin et le délicat avec Dieu. Nous sommes sortis du monde pour porter notre croix. Et quelquefois nous voudrions vivre dans la maison de pénitence avec plus de délicatesse que nous ne ferions en la chaumière de nos parents. Craignons que Dieu ne nous châtie, si nous méprisons le don qu'il nous a fait de nos Règles. Un jour, saint François, dans une de ses extases, voyait une grande quantité de petites miettes de pain, et que plusieurs de ses frères, qui avaient faim, étaient autour de lui, et en attendaient la distribution. La crainte d'en laisser tomber par terre le tenait en suspens. Il entendit une voix qui lui dit : François, fais une hostie de toutes ces miettes, et distribue-les à ceux qui demandent à manger. Dans l'exécution de ce commandement, il s'aperçut que tous ceux qui ne recevaient pas avec dévotion la part qu'on leur offrait, ou qui la rejetaient tout à fait, étaient en même temps tachés de lèpre. Il raconta tout ce mystère à ses Frères, dans le témoignage d'une douleur extrême de n'en point comprendre la signification. Le jour suivant, il entendit en son oraison cette voix : François, les miettes de la nuit passée sont les paroles de l'Evangile. L'hostie est la Règle. La lèpre est la malice des mauvais esprits.

4. Enfin, la quatrième et la dernière raison qui nous doit persuader l'entière observance des Règles, est notre propre avancement dans la voie du paradis. Dion Chrysostome écrit que la loi est la reine des hommes, la sûreté des cités, dont elle est la muraille; qu'elle est un gouvernail plus nécessaire que celui des navires qui voguent sur l'Océan,

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