‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 228 sur 308 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE II 36 I · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE II 36 I

de subtils raisonnements, ni d'inventions recherchées. Il n'est question que d'agir avec simplicité et à l'aveugle, comme on fait pour les articles de foi. La Règle l'ordonne, je le dois faire, et je le ferai avec l'aide de Dieu et de mon bon Ange. Elle me commande de garder le silence maintenant, je le garderai en l'honneur de mon Sauveur et du Fondateur de mon Ordre. Tenez ferme en cette méthode, et dans peu de temps vous serez imperturbable dans vos actions et très ferme dans la vertu.

c) Les Règles nous mettent à couvert de tous les brocards des plus libertins. Nos dévotions extraordinaires sont facilement sujettes à la risée; mais ce qui est déterminé et ordonné par le Statut de la Religion trouve de la vénération dans tous les esprits. Nul ne trouve mauvais qu'un gentilhomme observe les lois de la noblesse, qu'un avocat, un marchand, un artisan suive les lois et les coutumes de sa profession. Et pour quelle raison trouverait-on mauvais qu'un Religieux soit ponctuel dans l'observation de ce qu'il a voué solennellement, et à quoi des Règles données de Dieu, confirmées par les congrégations générales de son Ordre et par les Souverains" Pontifes, l'obligent très étroitement?

Non seulement la raison montre cette vérité, mais aussi l'expérience journalière prouve que les séculiers même de haute naissance prennent plaisir à ce que les Religieux maintiennent leur liberté dans l'observation de leurs Constitutions, et qu'ils n'en rompent aucune par le dessein de leur complaire.

Saint Louis de Gonzague était si religieux en ce point, que sa mémoire ne le reprenait point d'avoir jamais violé aucune de ses Règles, quelque petite qu'elle pût être. Et dans cette observance il avait tant de générosité, qu'il ne fléchissait devant aucun respect humain, quelque élevée que fût la personne avec qui il traitait. Un jour, on l'envoya saluer le Cardinal de la Rovere, son cousin. Le Cardinal le supplia de demeurer avec lui à dîner. Mais

saint Louis repartit avec franchise, que n'en ayant point demandé le congé, ce lui était une chose absolument impossible, vu la défense expresse de sa Règle. Cette réponse fut si agréable à ce vertueux Cardinal, qu'il ne lui demanda jamais rien, sans ajouter : Si ce n'est contre quelqu'une de vos Règles.

Les chroniques de l'Ordre de Saint- Jérôme nous assurent d'un fait beaucoup plus remarquable. Un Religieux d'une haute vertu s'était résolu à une très exacte observation du silence. Un jour le roi Henri vint dans son monastère, et étant au cloître, il l'aperçut qui passait. Il l'appela pour le voir et pour l'entretenir, à cause de l'affection qu'il portait à sa vertu dont il avait une haute estime. Le Religieux passe outre, sans se soucier de cet appel. Le roi, croyant qu'il ne l'avait point entendu, haussa la voix, le suivit, et l'appela de nouveau. Ce généreux soldat de Jésus-Christ fit néanmoins la sourde oreille, et doubla le pas jusqu'au bout du cloître. Il tourna alors le visage, et se prosternant, fit une profonde révérence au roi. Ce prince, étonné de ce procédé, lui demanda quelle raison lui avait fermé si longtemps la bouche : Sire, dit le Religieux, le silence nous étant commandé dafis le cloître, je n'ai pu répondre sans violer ma Règle, et j'ai estimé que la piété de Votre Majesté trouverait bon que je m'y tinsse ferme et inébranlable. Le roi prit un si grand plaisir à cette sainte liberté, qu'il augmenta l'affection qu'il lui portait et l'eut en singulière vénération.

Cette rencontre arriva en Espagne, et elle arriverait tous les jours par tout l'univers si nous avions un cœur de bonne trempe. Nous nous tourmentons souvent mal à propos, et nous plions sous de vains respects, mal fondés et purement chimériques. Tenons ferme, disons franchement et humblement : Ma Règle me défend cet entretien ou celte action. Et soyons certains que les plus libertins nous en loueront et nous en estimeront davantage.

Je ne vous demande que deux ou trois mois d'épreuve.

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