LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE II Î
très puissante, et qui nous est offerte à chaque moment.
Le camérier du Pape trouvait la Règle des Minimes insupportable à la faiblesse de la nature. Animé de zèle, il alla trouver saint François de Paule, qui en est le fondateur, et lui fit un long discours pour lui prouver que ses Statuts étaient dans une excessive austérité, qui ne serait point de durée. Enfin il conclut qu'il lui en conseillait la modération. Le saint homme l'écouta avec humilité et avec patience jusqu'à la fin, sans répliquer un seul mot. Il se leva alors, prit de la braise ardente dans sa main, et la tint très longtemps sans se brûler ; puis il ajouta : Monseigneur, que Votre Seigneurie sache que rienn'est impossible à la nature fortifiée de la grâce de Dieu, et que toutes choses obéissent à ceux qui le servent dans une sincère fidélité et qui r aiment de tout leur cœur. Ce bon seigneur, bien étonné, se retira, et vit bien qu'il faut laisser agir Dieu avec ses Saints comme il trouve expédient et nécessaire.
C'est Dieu qui donne les Règles aux Religieux. Qui peut douter qu'il n'y ajoute les forces pour les garder, dût-il faire un miracle continuel ?
Les Saints nous offrent leurs Constitutions; ils nous obtiendront les secours nécessaires pour arriver à la sainteté par leur assistance. Catherine de Godinez, vierge noble et riche, avait un ardent désir d'entrer dans une maison religieuse ; sainte Thérèse lui apparut, et lui montra toutes les Règles et tous les Statuts de son Ordre. Elle en fonda un monastère, y prit l'habit, et y excella dans l'exercice des plus héroïques vertus. Votre Fondateur vous a fait la même faveur, de vous déclarer toutes ses ordonnances, par les livres écrits et par la bouche des Supérieurs. Vous devez donc en espérer les mêmes secours et le même succès pour la vertu, et pour une entière éternité de bonheur.