LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE III 3y
Prenez donc votre conclusion, et résolvez-vous à révérer tous les prêtres comme des personnes sacrées. On ne manie qu'avec vénération les ciboires, les calices et les corporaux, à cause qu'ils sont consacrés par l'attouchement du corps et du sang de notre Sauveur. Mais les prêtres qui non seulement touchent, mais en outre sacrifient ce même Sauveur, ont avec lui des rapports beaucoup plus étroits, et par conséquent ils méritent plus d'honneur et de respect.
3. La troisième prérogative des prêtres est très éminente et presque inconcevable en la rémission des péchés. Donnez-moi un homme qui ait vécu cent millions d'années, et qui chaque jour ait commis des péchés qui par leur malice et leur grièveté égalent tous les péchés des hommes et des démons, et cinquante millions de fois plus. Mettez cet infortuné et cet exécrable au lit de la mort, avec un acte d'attrition et avec les dispositions nécessaires au sacrement de la Confession. Faites alors descendre du Ciel tous les Séraphins, tous les Chérubins, tous les Trônes, les Principautés, les Dominations, les Vertus, et tous les autres Anges. Qu'il ne reste aucun de ces princes du paradis dans le Ciel qui ne vienne au secours, et qui ne tâche d'ouvrir le palais de la félicité à ce pénitent. Jamais ils n'obtiendront ce qu'ils désirent, tant qu'il n'aura qu'une simple attrition.
Faites ensuite venir un prêtre ignorant, contrefait et vicieux, qui vienne de recevoir le caractère sacerdotal. Opposez-lui Lucifer avec tous les démons ; et qu'ils serrent leur proie de tout leur pouvoir. Il la leur ravira des mains avec deux mots, en disant : Je t'absous. Ce misérable, qui a mérité cent millions de fois l'enfer et tous les tourments de tous les damnés une éternité tout entière, sera fait enfant de Dieu, sera orné de la grâce sanctifiante, des vertus théologales, des vertus intellectuelles et morales infuses, de tous les dons du Saint-Esprit et de toutes les richesses d'une âme sainte. De telle sorte que s'il vient à mourir
alors, il obtiendra par titre de justice l'éternelle félicité, le sang de Jésus-Christ lui ayant été appliqué par cette absolution du prêtre.
O puissance infiniment inestimable et infiniment adorable, dont personne ne peut douter sans se déclarer hérétique et impie ! C'est une parole de Dieu : Quorum remiseritis peccata, remittuntur m; Tous les péchés que vous pardonnerez, seront pardonnes. Il ne met nulle exception, de lieu, de temps, de personnes, de nombre, ou de grièveté de crimes. Qui a jamais entendu chose pareille? Un homme pauvre, chétif, mal habillé, peu capable, sans vertu et sans mérite, parle ; et le Ciel s'ouvre et donne tous ses trésors à une âme qui, sans deux paroles sacramentelles, brûlerait et hurlerait éternellement avec les démons.
Ah ! si tous ceux qui sont prêtres considéraient cette vérité, qu'Os s'efforceraient de se rendre en quelque sorte dignes de cet éclat, et tâcheraient de faire correspondre leur vie à cette grandeur et à cette majesté !
Plut à Dieu que tous ceux qui ne sont pas prêtres jetassent les yeux sur cette puissance et sur cette autorité ! Ils baiseraient de bon cœur les traces où les prêtres auraient mis les pieds, comme faisait sainte Catherine de Sienne. Ils s'estimeraient heureux et assurés sous leurs mains, comme sainte Hedwige, duchesse de Pologne. Elle voulait que ceux de qui elle avait entendu la Messe missent chaque jour les mains sur sa tête, et lui jetassent de l'eau bénite. Elle croyait que par ce moyen elle recevrait quelque grâce de Dieu, et même qu'elle guérirait de ses maladies, comme il arrivait souvent. De plus, lorsque le Ciel se mettait en colère, et le témoignait par des éclairs et par des tonnerres, elle se mettait à l'abri de ces mains toutes-puissantes, et s'y estimait hors de danger.
Nous admirons qu'un archidiacre de Trêves ait été délivré de la fièvre par une confession, comme l'écrit saint Grégoire de Tours ; qu'un soldat ait recouvré la vue, ayant reçu l'absolution de ses péchés par un Religieux de