‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 238 sur 308 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE III Zjg · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE III Zjg

pecter celui qui me représente Jésus-Christ sur la terre, et qui est son lieutenant, que celui qui règne déjà au Ciel avec lui.

Que le frère convers qui aime sa perfection conclue donc qu'il doit très soigneusement et très humblement honorer les prêtres, tant ceux qui demeurent dans les Maisons religieuses que ceux qui sont restés dans le monde, sans aucun égard pour leur science ni pour leur ignorance, pour leurs richesses ni pour leur pauvreté, pour leurs vertus ni pour leurs vices. La seule pensée qu'ils sont prêtres, qu'ils ont puissance sur Dieu même et sur son Eglise, que peut-être ce seront eux qui lui donneront la dernière absolution, sans laquelle il serait éternellement perdu, le doit porter fortement et constamment à ce respect.

Vous savez en quoi il consiste : Ayez de leur dignité la plus haute estime que vous pourrez. — Jugez qu'il n'y a point de comparaison de vos offices à leur caractère. — Tenez-vous dans une modestie et une composition de corps particulières en leur présence. — Ne passez jamais devant eux sans vous découvrir avec bienséance et humilité, et sans penser que vous honorez Jésus-Christ en leurs personnes. — Ne vous couvrez jamais, quand vous leur parlez, qu'ils ne vous le disent. — Parlez-leur d'une voix basse et modeste, comme un inférieur à ses Supérieurs. — Levez-vous lorsqu'ils s'approchent du lieu où vous êtes. — Faites-leur place, et donnez-leur le lieu le plus honorable, même lorsque par humilité ils voudraient faire le contraire. — Couvrez leurs défauts et leurs imperfections, à l'imitation de l'empereur Constantin, qui disait que s'il apercevait un prêtre dans le péché, il le couvrirait de sa pourpre impériale. — Enfin ayez soin avec charité, avec humilité et avec allégresse, de leurs habits, de leur vivre et de leurs autres nécessités corporelles, et estimez-vous heureux d'être au service de ces demi-dieux sur la terre.

Servez-les principalement avec avidité, avec prompti-

tude, et avec une sainte ambition en ce qui concerne leur office plus qu'angélique, courant pour les accompagner, aux villages, aux prisons, aux hôpitaux, aux maisons bourgeoises, où ils vont prêcher, confesser et consoler les malades et les affligés.

Surtout, servez-les à l'envi en ce qui touche le saint Sacrifice de l'autel. Saint Venceslas, duc de Bohême, moissonnait et vendangeait ce qui était nécessaire pour dire la Messe : et Dieu le récompensa abondamment pour cette piété par d'admirables sentiments de ferveur dans ses prières et par d'autres faveurs. Vous ne manquerez point de récompense pour vos services. Sainte Mechtilde vit l'âme d'un frère convers tout éclatante de lumière, à cause qu'il servait autant de Messes qu'il pouvait, et qu'il le faisait avec une modestie et une dévotion particulières.

Ce que nous avons dit des prêtres se doit aussi dire en certaine manière des diacres, des sous-diacres et de ceux qui sont destinés à la prêtrise. Un frère convers qui cherche Dieu avec ferveur, trouve une grande occasion de mérite dans cette soumission. Il est depuis trente ou quarante ans en Religion. Il est tout cassé de travaux entrepris pour le service de Dieu. N'est-ce pas une vertu notable, s'il sait s'abaisser de bon cœur devant un enfant qui est encore novice, ou qui ne fait que sortir du noviciat ?

Pour vous aider dans cette sainte pratique, considérez que ce jeune enfant sera un jour prêtre ; qu'il sera peutêtre votre confesseur, votre directeur et votre Supérieur ; que c'est un soleil levant qui prendra tous les jours de nouvelles lumières dans la philosophie, dans la théologie, et dans les autres sciences.

Les Perses se prosternaient aussitôt qu'ils apercevaient le soleil paraissant sur l'horizon, et ils l'adoraient dés cette première vue. Les peuples qui sont sous le pôle, et ont une nuit de six mois, font plus de réjouissance au lever de ce roi des astres que dans son plein midi.

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