‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 244 sur 308 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE IV 38y · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE IV 38y

voudrez. Si vous vous taisez, taisez-vous par charité ; si vous parlez, parlez par charité. Plantez bien avant dans votre cœur la racine de la charité : il ne peut venir de cette racine que de bons fruits. »

Si les Saints font ces exhortations à tous les chrétiens, que diraient-ils à des Religieux réunis ensemble dans un même Ordre, dans une môme maison, et dans les mêmes offices ? Craignons que si nous, ne faisons tous nos efforts pour être excellents en l'amour de nos frères, non seulement nous ne soyons pas bons religieux, mais que nous ne soyons pas même bons chrétiens.

3. La troisième raison qui doit maintenir les frères convers en charité, est que tous leurs Fondateurs, qui sont leurs pères, et toutes leurs Religions, qui sont leurs mères, n'ont rien plus à cœur que de voir tous leurs enfants unis dans une parfaite charité.

Saint François de Paule, fondateur des Minimes, prit pour le symbole et comme pour l'âme de sa Religion, cette divine parole, Charitas, qu'un Ange lui apporta du Ciel dans un écusson.

Saint Ignace, fondateur de la Compagnie de Jésus, dans la vue que cet aimable Sauveur voulait sur toutes choses la charité parmi ses disciples, commande aux Supérieurs de ne rien souffrir dans leurs maisons qui soit contre cette sainte vertu. Il savait bien que les plus petites choses s'augmentent par la charité et la concorde, et que les plus grandes diminuent et se perdent par la division et la discorde. Et en effet, la Compagnie, qui a eu de très petits commencements, s'est répandue presque par tout l'univers à l'aide de la charité des dix premiers Pères. Ils étaient de France, d'Espagne, de Portugal, de Savoie et d'autres pays, durant de cruelles guerres entre ces nations ; mais, tous unis en Jésus-Christ, ils étaient tous unis entre eux : c'est pourquoi Dieu les a multipliés, à l'admiration de tous les hommes.

Tous les Ordres religieux ont toujours eu à cœur de

maintenir toutes leurs maisons en paix. Par ce moyen, comme on disait des premiers chrétiens, Multitudinis credentium erat cor unum et anima itna, que, quoiqu'ils fussent une grande multitude, néanmoins ils n'avaient qu'un cœur et qu'une âme ; et de l'armée du peuple de Dieu, qu'elle suivait son roi et allait sous ses étendards comme s'il n'y eût eu qu'un seul homme, aussi l'on a trouvé des monastères très nombreux, où l'on vivait dans une paix si profonde qu'il n'y avait nulle peine à les gouverner.

Ainsi sainte Salaberge gouvernait avec joie et avec facilité trois cents Religieuses dans une même maison. Au monastère de Fulde, en Allemagne, on comptait quatre cents écoliers religieux, sans parler des autres qui n'étudiaient point. En France, saint Aicard avait neuf cents Religieux dans l'abbaye de Jumiéges. A Bencor, en Irlande, plusieurs milliers de frères louaient Dieu jour et nuit. En Egypte, dans la seule montagne de Nitrie, il y avait autrefois cinq cents monastères qui étaient régis par un même Supérieur. Apollonius, grand serviteur de Dieu, a eu sous sa dépendance cinq mille moines; Pacôme, sept mille; saint Sérapion, dix mille.

Si la charité était parfaite en tous, un seul Supérieur en gouvernerait bien cent mille. Et si la discorde s'y mêle avec son fiel, ses feux et ses serpents, dix Supérieurs ne viendraient pas à bout de cinq frères irrités et acharnés l'un contre l'autre.

Mettez donc cela dans votre esprit, que la conservation et l'augmentation de votre Ordre dépendent d'un esprit paisible et tranquille ; et par conséquent, que vous avez une très grande obligation de maintenir la charité autant que vous le pourrez.

4. Les frères convers doivent entretenir cette sainte vertu, non seulement à cause qu'ils sont hommes, qu'ils sont chrétiens et qu'ils sont religieux, mais aussi parce qu'ils ont une particulière union dans le même dessein et dans les mêmes offices.

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