‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 246 sur 308 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE IV 3f)I · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE IV 3f)I

n'avoir qu'une àmc et qu'un cœur dans une parfaite union de pensées, de volontés et d'inclinations. Ils étaient tous trois frères, nés en Pologne d'une même mère. Ils entrèrent tous trois en Religion le même jour, et y reçurent l'habit par les mains de saint Hyacinthe. Ils vécurent tous trois dans une grande sainteté et dans une exacte observance des Règles. Ils moururent aussi tous trois ensemble au même moment, après avoir reçu la sainte Eucharistie le jeudi saint de la grande semaine, lorsqu'ils rendaient grâces à Dieu d'un si grand bienfait devant l'autel. Le zèle et la crédulité des autres Religieux furent si extrêmes, que, dans la croyance que cette mort soudaine était une évidente punition de quelques péchés secrets, ils les enterrèrent sans aucune cérémonie dans un lieu profane. Mais Dieu ne laissa point ses bons serviteurs dans cette infamie. Il les fit apparaître deux ou trois fois au Prieur de ce couvent, tout rayonnants d'une céleste clarté. Ils lui déclarèrent leur béatitude, et l'obligèrent de les faire mettre dans un lieu sacré avec les autres Religieux. Le Prieur obéit très volontiers, et les fît transporter avec pompe et avec solennité dans une belle chapelle.

Jugeons toujours bien de nos frères, dans la crainte de leur faire tort et d'offenser Dieu et notre conscience en nous trompant.

2. La charité ne trouble personne dans ses offices et ses exercices. Elle aime la paix et le repos, et en soi-même et dans les autres. Elle laisse agir chacun comme il l'entend, s'il n'agit notablement contre Dieu. Suivons le dessein de cette divine vertu.

a) Nous sommes très aises qu'on nous laisse dans nos fonctions en repos et en tranquillité. Ne refusons point la même grâce aux autres, que l'humilité nous doit faire paraître plus sages et plus vertueux que nous.

b) Nous avons bien de la peine à porter notre fardeau, et nous plions souvent sous notre propre faix. A quel propos nous chargerions-nous de celui des autres, qui sont

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plus forts que nous, et qui tiennent à importunité. notre empressement ?

c) On nous piquerait sensiblement, si l'on contrôlait notre besogne. Par quel droit prétendons-nous être les contrôleurs et les syndics de celle d'autrui ? Notre monastère n'a-t-il point assez de Supérieurs? Sommes-nous des surintendants, pour suppléer au défaut de ceux qui gouvernent et pour accuser leur négligence?

d) Ces chaleurs précipitées sont les causes ordinaires de plusieurs fautes, et ne guérissent nullement celles qui sont faites. En reprenant hors de saison un pauvre frère qui a failli, vous égratignez et envenimez la plaie qui en sera plus difficile à guérir. Le Supérieur, qui a plus de soin de la maison et des particuliers que vous, attendait son temps, et vous allez percer un abcès qui n'est point encore mûr, et pour un, vous en faites renaître deux plus dangereux, que vous rendez quelquefois incurables par votre zèle indiscret.

e) Vous jugez que cet officier a manqué de s'être comporté de la sorte, et il estime avoir bien fait. Ne devezvous pas plutôt préférer son jugement au vôtre en ce qui est de son ressort, que lui ne doit préférer votre jugement au sien en ce qui ne vous touche en aucune façon?

f) Celui qui jette le trouble dans la maison d'autrui montre évidemment qu'il n'est point paisible en la sienne propre. Les vents qui renversent la mer se choquent et se brisent eux-mêmes contre les rochers.

g) Deux frères qui ont des offices joints en quelque façon ensemble, doivent ne tendre qu'à un même but. Ils doivent ressembler aux deux yeux de la tête, qui ont un même mouvement et ne visent que le même objet. Si un œil s'élève en haut, l'autre s'élève en même temps ; si l'un s'abaisse, l'autre s'abaisse. La charité n'est point opiniâtre; elle est très mobile et très accommodante à la volonté d'autrui, et n'inquiète personne dans ses exercices.

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