‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 247 sur 308 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE IV 3(j · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE IV 3(j

point faire de mal au prochain. Elle va bien plus haut dans ses résolutions généreuses, et se détermine à faire tous les biens possibles à tous ceux qu'elle fréquente. Elle leur donne son cœur, sa langue et ses bras.

a) Le cœur du Religieux charitable compatit aux infirmités corporelles et spirituelles de ses frères, et les secourt dans le besoin. Et cette compassion fait une impression plus puissante sur eux pour les unir à Dieu, que toutes les boutades d'un zèle impétueux. Saint Dorothée en rapporte un exemple plus admirable qu'imitable.

« Certains moines, dit-il, ayant vu une femme de mauvaise vie dans la cellule d'un de leurs frères, coururent pleins de fureur vers Amon, leur Supérieur, personnage de grande vertu. Ce saint homme, mu de charité et de compassion, y accourt; et sachant que cette malheureuse s'était cachée dans un tonneau, il s'assit dessus, et dit aux accusateurs : « Cherchez si elle est ici. » Après une exacte recherche, ils ne rencontrèrent rien, et se trouvèrent dans la confusion. Amon leur dit alors : « Prenez garde de ne « jamais juger facilement mal de votre prochain, et retour- « nez-vous-en d'où vous êtes venus. » Chacun s'étant retiré, il avertit sérieusement ce pauvre homme, lui donna une pénitence secrète, et le gagna de telle sorte par cette compassion et cette charité, qu'il en fit un excellent serviteur de Dieu. »

Nous ne pouvons point user d'une pareille facilité dans notre Compagnie, étant obligés de manifester au Supérieur non seulement les fautes lourdes, mais aussi les tentations grièves des autres, afin qu'on y remédie par une charité et par une vigilance paternelles. Les Supérieurs sont obligés de mettre dehors ceux qui font des fautes scandaleuses. Autrement nous ne pourrions pas servir le public avec profit et avec édification.

Mais pour ce qui est des petites imperfections journalières, il faut avoir l'esprit bien bas, ou rempli d'une sotte opinion de soi-même, pour s'en scandaliser et pour en moins

. estimer les autres. Souvent sous beaucoup de cendres on cache des charbons bien allumés.

Ne vous confessez-vous jamais? Si vous le faites, c'est une preuve que vous péchez. Si vous péchez, pourquoi vous laissez-vous emporter à l'indignation contre les autres? Ne craignez-vous point que Notre-Seigneur ne vous dise : Hypocrita, ejice primum trabem de ocu/o tuo, et lune perspicies ut educas festucam de oculo fratris tui ; Hypocrite que tu es, ôte premièrement de ton œil cette grosse poutre qui le crève, et tu penseras alors à retirer cette paille qui est dans l'œil de ton frère ? Si nous avons un œil de juge pour nous, nous prendrons un cœur de frère pour les autres.

Le cœur du Religieux charitable se réjouit que ses frères soient d'une haute vertu ; qu'ils agréent au Supérieur et à tous ceux de la maison ; que les séculiers les louent et en aient bonne opinion ; que tout réussisse dans leurs mains, au contentement de chacun; qu'on se confie en leur prudence et en leur industrie.

Nous sommes tous membres d'un même corps. La santé, la force et l'ornement d'un membre sont le bien et l'avantage des autres. Les esprits vitaux qui se seront réchauffés et vivifiés dans un membre, se disperseront par tout le corps et le mettront dans une parfaite vigueur.

Il ne faut quelquefois qu'un Religieux ardent et enflammé d'un fervent amour de Dieu pour embraser toute une maison. Un seul flambeau en peut allumer cent mille.

Saint Hilarion fut fort peu de temps avec saint Antoine ; de jeunes gentilshommes demeurèrent très peu aussi avec saint Bernard, et néanmoins cette courte conversation avec des Saints en fit d'excellents religieux. Ne tournons point en venin ce que Dieu nous donne pour remédier à nos lâchetés et pour nous animer à la perfection.

L'envie et la jalousie se glissent assez facilement dans les familles les plus saintes, comme nous le voyons dans

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