‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 248 sur 308 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE [V 3q · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE [V 3q

la famille de Jacob, où Joseph fut vendu par l'envie de ses frères, et parmi les Apôtres de Notre-Seigneur, où la jalousie se trouva pour avoir les places et les charges les plus honorables.

Palladius nous rapporte une chose étonnante qui arriva dans le monastère de saint Pacôme. Cet oracle des déserts instruisait et perfectionnait dans une seule maison quatorze cents Religieux. Ils étaient d'une telle austérité, que les uns ne mangeaient qu'une fois le jour après Vêpres, les autres ne mangeaient que de deux en deux jours, et les autres de cinq en cinq jours.

Saint Macaire Alexandrin, quoique d'un âge fort avancé, entra inconnu dans cette maison renommée par toute l'Egypte, afin de vivre sous l'obéissance. Depuis le commencement du Carême, il demeura au coin d'une salle toujours debout, sans jamais se coucher ni s'asseoir. Six jours de la semaine il ne mangeait point du tout. Le dimanche seulement il prenait un peu de feuilles de chou, plutôt pour paraître manger que pour aucune autre raison. Durant tout ce temps il ne goûta ni pain ni eau, et se resserra tellement dans un continuel silence qu'il ne dit jamais un seul mot à personne. Son cœur demeura uni à Dieu dans une prière qui ne cessait point, et ses mains s'occupaient au travail qu'on lui ordonnait.

Chose admirable ! cette vertu si éclatante (qui devait donner de la lumière et de la joie à ces hommes consacrés à Dieu, qui par leurs jeûnes et par leurs austérités étaient estimés des anges terrestres) les éblouit et les aveugla. Au lieu de profiter d'une si divine conversation et de s'humilier dans la considération de ce séraphin, ils se piquent furieusement de jalousie, s'en vont trouver saint Pacôme tout en colère, et lui disent brusquement : « Quel homme nous avez-vous amené ici, qui vit comme s'il n'avait ni chair ni os? Sa vie et ses jeûnes nous servent d'un reproche continuel, et d'une condamnation fâcheuse. Nous ne pouvons plus souffrir un si sanglant affront : ou jetez-le dès

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à présent hors de notre maison, ou dès aujourd'hui nous nous en retirons tous. »

Le saint Abbé les apaisa le mieux qu'il put, et pria Dieu de lui faire connaître ce saint serviteur. Ayant su que c'était l'abbé Macaire, révéré par tout l'Orient, il le tira dans son oratoire, l'embrassa tendrement, le baisa et l'arrosa de ses larmes, lui disant : « Soyez le bien venu, ô bon vieillard ! Vous êtes l'abbé Macaire. Je désirais depuis fort longtemps vous voir, ayant entendu parler des grands miracles que vous faites. Je vous remercie de coeur de ce que par votre vertu exemplaire vous avez donné un bon soufflet à nos enfants et les avez couverts de confusion. Ils ne croiront plus faire de grandes merveilles dans leurs mortifications et leurs pénitences. Retournez-vous-en à la bonne heure, et priez pour nous. Vous nous avez donné assez longtemps bonne édification. «Vaincu par les prières de Pacôme, Macaire se retira, bien fâché de n'avoir pu se cacher et passer le reste de sa vie sous le joug de l'obéissance.

Qui ne s'étonnera de la malignité du vice de la jalousie et de l'envie qui empeste le cœur de ces hommes, qui ne semblaient vivre sur terre que pour la fouler aux pieds?

Et ne nous imaginons point que ce péché soit léger. Il a transformé les premiers Anges du paradis en démons les plus méchants et les plus malheureux de l'enfer. Il commence par de petites pointes de douleur de la gloire et de la vertu d'autrui, et puis jette dans des tristesses et des amertumes de cœur très dangereuses.

Ne vaut-il pas mieux vivre dans la joie de la charité, et par cette joie, nous rendre propre la vertu des autres, et avoir part à leurs mérites?

b) Le Religieux charitable doit consacrer sa langue à cette sainte vertu. Il doit prier Dieu pour son frère, afin de lui obtenir des grâces dans ses afflictions, et des forces pour persévérer constamment dans la vertu. — Il doit louer ses actions vertueuses, et excuser ses manquements ; — éviter toute sorte de plaintes et de murmures contre lui par la

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