‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 250 sur 308 · LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE IV 3fjf · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE IV 3fjf

frère, c'est un autre nous-mêmes. Les Actorides étaient deux frères unis d'une charité si cordiale, que l'on disait qu'ils avaient deux têtes et quatre bras, mais qu'ils n'avaient qu'un cœur dans un seul corps. L'amitié de trois autres frères qui dans trois corps n'avaient qu'une àme, nous est encore mieux dépeinte dans la fable de Géryon. Cette fiction fut faite par les Grecs, de ce que Chrysaor vivait avec ses deux frères dans une union et une intelligence si parfaite, qu'il semblait qu'ils n'avaient qu'un même esprit.

Lin frère généreux- et charitable sert de rempart et de muraille à son frère. C'est pourquoi Salomon, dans ses Proverbes, compare un frère aidé par son frère à une ville forte. Et Antisthène le philosophe assurait que des frères de bon accord sont plus forts et plus impénétrables que les murailles les mieux remparées. Aussi l'empereur Sévère, étant au lit de la mort, dit à Marc-Antoine et à Geta, ses enfants : Vive^ en bonne paix ensemble, et vous pourrez alors ne craindre personne.

Concluez de ceci que vous devez vous efforcer de vous unir à vos frères religieux, pour leur bien et pour le vôtre, et que cette union doit être effective, portant la main à la besogne, et leur y donnant toute la facilité que pourront trouver votre charité et votre industrie.

Communiquez-leur tous vos secrets qui peuvent les aider dans leurs offices. Ne craignez point que cette communication vous rende moins nécessaire et moins considérable dans la maison. Vous ne manquerez jamais ni d'emploi ni de réputation, tandis que vous donnerez de la lumière aux autres pour l'amour de Dieu, lui qui est la source originaire de la bonté, et qui ne se laissera jamais vaincre par votre courtoisie.

Dans l'occasion, offrez-vous à eux, et témoignez-leur souvent que vous êtes à leur service, et qu'ils ne peuvent vous Obliger plus qu'en vous employant autant que votre office et l'obéissance vous le permettront.

Présentez-vous au Supérieur, et donnez-lui une pleine liberté d'user de vous toutes les fois que quelqu'un sera malade, ou absent, ou trop chargé.

Quand vous remarquez qu'un frère est hors du logis, et que par oubli il n'a point mis d'ordre à quelque chose nécessaire de son office, suppléez pour lui, selon que vous savez qu'il le désire, et selon la nécessité de votre monastère. Si vous doutez, il est expédient que vous avertissiez le Supérieur, et que vous suiviez sa détermination.

Lorsque la charité ou l'obéissance vous portent à l'office d'autrui, obéissez-lui comme à votre Supérieur et à votre directeur. N'y entrez point pour y trancher du maître et du contrôleur. Ce serait vendre trop cher votre peine et votre travail, et cette vanité vous ferait perdre une grande partie de votre mérite.

Marie de l'Incarnation, fondatrice des Carmélites en France, et néanmoins sœur converse, demandait, dans les ouvrages pénibles, d'être l'aide de la dernière des sœurs converses, afin que par ce moyen celle-ci eût droit de lui commander et elle sujet de lui obéir. Elle la suppliait avec instance de la reprendre librement et sérieusement des fautes et des manquements qu'elle remarquerait en elle. Et lorsqu'elle la reprenait et l'avertissait, elle la remerciait, et suivait si exactement son avis, qu'il était aisé de voir qu'elle le prenait pour un pur commandement. Et ceci s'est vu et rencontré tant de fois qu'il est impossible de le déduire. Ainsi parle dans sa Vie André du Val} docteur et professeur de Sorbonne.

Tout le débat qui doit être dans la maison de Jésus (qui a passé trente ans à travailler dans une boutique de menuisier) est de s'efforcer à l'envi de prévenir nos frères et de les soulager, nous occupant aux ministères les plus bas et les plus méprisés. Tel fut l'édifiant combat engagé entre Guillaume le Chartreux et saint Hugues, évêque de Grenoble, dans la Grande Chartreuse.

Saint Hugues, sans avoir aucun égard à sa dignité, s'y

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