LIVRE TROISIÈME. CHAPITRE V
de ce monde pour jouir de Dieu dans le Ciel, le Sauveur, se montrant à elle, lui découvrit les plaies de ses mains, de ses pieds et de son côté, et lui dit : O ma bien-aimée ! contemple de quelle sorte mes plaies te crient que tu prennes garde que mon sang ne soit répandu en vain et que ma mort ne soit inutile. Elle demanda, tout effrayée et pleine de compassion, quelle était la voix de ses plaies. Il lui répondit : Par tes travaux et par tes larmes tu apaiseras la colère de mon Père, afin qu'il ne perde point les pécheurs, mais qu'ils se convertissent et qu'ils vivent. Depuis ce temps-là, cette vierge charitable pria avec plus de ferveur et d'assiduité pour les pauvres pécheurs, et en convertit par ce moyen une grande quantité.
Comme notre Sauveur invite les Saints à prier pour les âmes, aussi les Saints obtiennent de lui qu'il leur donne des grâces particulières. Un certain blasphémateur, au lit de la mort, rejetait le conseil de tous les prêtres et de tous les religieux qui l'excitaient à se confesser. Sainte Catherine de Sienne obtint de son Époux que, par une bonté admirable, il apparût à cet obstiné, et le contraignît à déclarer ses péchés à quelque prêtre. Elle obtint une autre fois la même faveur pour deux larrons désespérés que l'on menait au supplice. Notre-Seigneur se montra à eux tout couvert de sang et de plaies, et les toucha si efficacement par cette vue, qu'ils fondirent en larmes, et firent une mort de véritables chrétiens avec l'admiration de tous les assistants. Elle obtint encore un autre jour une contrition si extraordinaire à saint Raymond, son confesseur, qu'il éclata en soupirs, et tout noyé dans ses larmes, appréhenda que son cœur et sa poitrine ne se fendissent en deux.
2. Le second moyen que le frère convers a d'exercer son zèle envers son prochain, c'est le bon exemple, qui sans doute est beaucoup plus efficace que les paroles. C'est ainsi que saint F'rançois fit prêcher un bon frère, le menant par toute la ville sans dire mot, afin de bien édifier le peuple par sa modestie et par son silence.
Cet homme séraphique ne pouvait supporter les prédicateurs qui, faute de bonne vie ou d'une pure intention, ne vaquaient pas tant au fruit des âmes qu'à leur propre gloire et à leur propre réputation. Il leur préférait un bon et un simple frère qui, ne disant mot, excite les autres à la vertu par son bon exemple. 11 assurait que ce vertueux frère qui, selon son office, devrait être stérile, n'ayant pas la prêtrise ni le don de prédication pour engendrer des enfants en Jésus-Christ, aura plusieurs enfants spirituels, convertis el vivifiés par ses ferventes oraisons ; et que cela se verra au jour du jugement. Il ajoutait de plus, que le prédicateur qui s'attribue ces conversions, trouvera pour lors qu'il n'y a contribué en rien, et qu'il ne mérite qu'un sévère châtiment pour sa vanité et pour sa négligence.
Un homme de bien est une fleur du paradis qui récrée de sa vue et de son odeur tous ceux qui s'en approchent. C'est ce que saint Paul voulait dire aux Corinthiens, lorsqu'il leur écrivait : « Nous sommes la bonne odeur de Jésus-Christ, en tous les lieux où nous nous trouvons. » « Le chrétien, dit saint Bernard sur les Cantiques, est une belle fleur qui a sa couleur et son odeur : son odeur, dans la bonne renommée; sa couleur, dans la bonne conscience. La bonté et la droite intention donnent la couleur à l'œuvre ; la modestie et la bonne conscience lui donnent l'odeur; le bon exemple et la bonne renommée se doivent au prochain, et la bonne conscience à nous-mêmes. » Si cela est vrai du chrétien, que sera-ce du religieux?
Tous ceux qui s'en approcheront, sentiront l'odeur de ses vertus ou de ses vices, comme faisait saint Eugende.à qui Dieu avait accordé le don de reconnaître ainsi l'état intérieur de ceux qu'il fréquentait.
De plus, un Religieux d'une probité exemplaire est un miroir vivant, et comme une image parlante, où chacun se peut contempler pour en calquer les traits et les ornements. C'est la pensée de saint Ambroise : « La considération, dit-il, d'un homme juste qui par sa modestie se rend